Des vaginites, j’en ai fait… pas mal. Souvent il s’avérait qu’en jetant mon lubrifiant du moment, mes problèmes s’en allaient. Ben oui, j’utilise du lubrifiant. Parce que sinon je deviens rapidement irritée et je fais… une infection vaginale. Ça m’a semblé longtemps sans issue, jusqu’à ce que j’aie l’illumination divine d’utiliser des produits naturels que j’avais déjà chez moi comme lubrifiant. Miracle. Plus d’infections, plus d’irritation. Et une meilleure conscience!

Comme chez Les Trappeuses on n’a pas peur des sujets glissants (arrêtez-moi quelqu’un), j’en profite pour partager avec vous quelques trucs et infos qui seront pertinents pour beaucoup plus de personnes qu’on pense. Puis parce que Saint-Valentin, amour, sexe et tout le tralala (bleh).

*** 

Pas le désert, mais…

La sécheresse vaginale, parlons-en. On va se le dire en partant, pas besoin d’attendre d’avoir le vagin comme le désert d’Atacama pour se donner un coup de main sur le plan de la glisse. Toutes les femmes sont susceptibles, à différents degrés, d’éprouver de la sécheresse vaginale à un moment ou un autre de leur existence, et ce, pas seulement quand elles auront 85 ans! L’anxiété, une grossesse, un débalancement hormonal, la prise de contraceptifs oraux, une infection ou la ménopause sont autant de facteurs qui peuvent entraîner une diminution de la lubrification naturelle des muqueuses vaginales. Malheureusement, la lubrification « artificielle » demeure un sujet tabou; une femme peut facilement avoir l’impression d’être inadéquate sexuellement si elle ne se transforme pas en fontaine de Trévi à la moindre caresse.

 

Des ingrédients inquiétants

Il existe toutes sortes de lubrifiants dans le commerce. C’est difficile de s’y retrouver, surtout quand on attrape une bouteille à la sauvette sur la tablette de la pharmacie, après s’être assurée de ne pas être vue par un voisin qui pourrait ensuite raconter à tous ses amis qu’on a la « ploune » sèche… Paranoïa, quand tu nous tiens.

Si on s’attarde à regarder les ingrédients des différents types de lubrifiant, on se rend compte que plusieurs contiennent des produits que vous (en tant que lectrice/lecteur assidu(e) des Trappeuses) vous efforcez probablement déjà d’éliminer dans vos produits corporels. Pourquoi accepter de se badigeonner l’intimité de produits qu’on ne se mettrait pas sur les genoux? Parabènes, alcool, fragrances, gelée de pétrole… une garantie de vaginite carabinée et de pH traumatisé!

Il existe quatre grands types de lubrifiants commerciaux :

  • à base de produits de pétrole (ouache! Pas besoin d’élaborer…)
  • à base de silicone (très performant, mais non compatible avec certaines matières et $$$…)
  • à base d’eau (sèche rapidement + contient souvent de la glycérine, un agent sucrant… Party de bactéries)
  • à base d’huile (ne peut pas être utilisé avec plusieurs types de condoms — voir plus bas—… mais c’est la meilleure option)

L’avantage principal du lubrifiant maison, c’est qu’il est fait à base d’huiles et/ou de beurres végétaux, des produits naturels simples sans influence sur la flore bactérienne vaginale. Dans le cas de l’huile de coco, les avantages surpassent cela : elle est antibactérienne, antifongique et hyper hydratante. Autre avantage non négligeable, elle est ultra polyvalente : on peut l’utiliser autant comme lubrifiant que comme huile à massage!

Préliminaire, mon cher Watson!

Pour moi, parler de lubrifiant maison, c’est aussi l’occasion de parler de préliminaires et de tout ce qui entoure la fameuse pénétration. L’ère du bing bang thank you ma’am est révolue; on sait maintenant que pour optimiser le plaisir, l’investissement de temps en vaut la chandelle! Le lubrifiant peut aussi servir de facilitateur quand on ne connaît pas encore tous les hot spots de l’autre en début de relation ou pour étirer la sauce quand on a une bonne heure et demie à tuer. Un massage, des caresses, ça peut être très agréable! Lorsqu’on fabrique soi-même son lubrifiant avec des ingrédients naturels et comestibles, il devient ipso facto mangeable (je laisse à votre esprit le loisir d’imaginer les possibilités…). Soyons réalistes : même si la salive est un lubrifiant naturel d’appoint très utile, ce n’est pas toujours très classe de cracher dans le dos de sa date pour lui faire un massage…

Tout le processus de préparation du lubrifiant peut devenir l’occasion de se « mettre dans le mood », en allant au magasin sélectionner les ingrédients qui nous plaisent et en prenant le temps de confectionner le mélange. S’intéresser à ce qu’on met sur et dans son corps, c’est s’intéresser à son corps, à la relation qu’on entretient avec lui et avec celui de notre partenaire. Ça donne le sentiment d’être en contrôle et en confiance. C’est aussi une belle preuve d’attention portée à l’autre : « Je me soucie de ce que j’applique sur ton corps, j’ai pensé à toi en préparant cette merveilleuse substance lubrifiante, je t’aime, envouèye fais-moi donc un massage. »

Les choses sérieuses

Concrètement, plusieurs ingrédients sont friendly pour les organes génitaux. En voici une petite liste :

  • Huile de coco
  • Gel d’aloe vera pur
  • Huile d’olive
  • Huile de lin
  • Huile d’amande douce

Pour les moins motivé(e)s d’entre nous, sachez que l’huile de coco utilisée seule est très performante et économique! Si vous l’utilisez seule, je vous conseille tout de même de la transférer dans un petit pot en verre que vous garderez dans la chambre, question de ne pas sortir votre contenant format Club Price au moment de badigeonner votre partenaire : ille* pourrait se sentir comme un rôti de bœuf qu’on s’apprête à braiser. C’est le genre d’image qui tue le momentum…

Un autre aspect positif : utiliser des produits naturels comme lubrifiant, c’est économique. Un lubrifiant commercial coûte facilement 20 $ pour 100 à 150 ml, alors que pour 15 $ chez Coop Coco, on obtient 500 ml d’huile de coco extra vierge bio. Je vous dirais que personnellement, je me contente même de l’huile de coco bio régulière, qui se détaille à environ 13 $ le kilo. LE KILO. Tsé.

justabananaC’est sûr, tout n’est pas rose (une chance). ATTENTION: Les lubrifiants à base d’huile ne sont pas compatibles avec les condoms de LATEX et de POLYISOPRÈNE, dont ils compromettent l’intégrité. Toutefois, il est possible de se procurer des condoms en POLYURÉTHANE. Certaines grandes marques en proposent, comme Trojan et Durex. Bien lire la boîte de vos condoms avant de tenter quoi que ce soit. Aussi, on recommande un lubrifiant à base d’eau avec la plupart des vibrateurs et dildos, sauf si vous utilisez un concombre ou une banane, qui ne sont pas affectés par l’huile et seront tout aussi délicieux avec un petit goût de coconut. Si vous préférez les condoms de latex et les vibrateurs en silicone, rien ne vous empêche d’utiliser votre lubrifiant maison en solo avec vos bons vieux doigts ou lors d’activités à deux sans pénétration! Ou alors sur vos toasts le matin. Tsé.

Huiles essentielles : oui ou non?

Si vous décidez de faire vos petites recherches sur la grande toile, vous vous rendrez compte que plusieurs des recettes de lubrifiant maison proposées impliquent des huiles essentielles. On recommande parfois la menthe pour des sensations froides, la cannelle ou le poivre noir pour des sensations chaudes. N’arrivant pas à surmonter ma perplexité par rapport à l’usage d’huiles essentielles dans mon plus profond des profonds, j’ai contacté l’herboriste thérapeute Marie-Christine Vallières de Les Âmes Fleurs pour savoir ce qu’elle en pense. Elle est catégorique : menthe, cannelle ou poivre, MAUVAISE IDÉE! Plusieurs huiles essentielles peuvent être irritantes même sur la peau, donc on imagine l’effet au contact de la surface sensible des muqueuses vaginales… ouille. Elle y va de cette suggestion : « Si tu veux une odeur, j’irais avec des HE très douces et sécuritaires comme la lavande angustifolia, sinon avec des fragrances 100 % naturelles liposolubles ». Toutefois, l’huile essentielle n’est absolument pas nécessaire dans un lubrifiant pour qu’il soit performant.  Et anyway, la recette que je vous propose est à base de beurre de cacao et d’huile de coco, elle sentira donc déjà pas mal bon!

De la cannelle dans le vagin??? NON!

En général, je vous dirais : abstenez-vous d’utiliser des huiles essentielles sans vous informer adéquatement de leurs effets. Elles sont extrêmement concentrées et on devrait toujours faire des tests avant de les utiliser à grande échelle. Ajoutez à cela les restrictions concernant les enfants et les femmes enceintes, ouf… Pour vous y retrouver un peu, je vous conseille de consulter le petit guide de Caroline ici. 

Beurre fouetté lubrifiant coco-choco

Je vous propose une recette très simple de lubrifiant/huile à massage tout à fait à point pour la Saint-Valentin, fête commercialement surfaite s’il en est (bon, j’ai mis mon grain de sel). Attention, cette recette n’est pas compatible avec les condoms de latex et de polyisoprène. À utiliser avec des condoms de polyuréthane.

Vous aurez besoin des ingrédients suivants :

  • ½ t. de beurre de cacao biologique (achetez de la bonne qualité, ça s’en va quand même dans des endroits reculés de votre anatomie…)
  • ½ t. d’huile de coco biologique (désodorisée ou non, selon vos goûts!)
  • 10 gouttes d’huile de vitamine E (antioxydante, très bonne pour la peau!)

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Dans un bain-marie, faire fondre le beurre de cacao. Quand il est liquide, ajouter l’huile de coco et bien mélanger. Retirer du bain-marie, ajouter la vitamine E en mélangeant le tout. Verser le mélange dans un bol et laisser reposer sur le comptoir 10 minutes, puis au réfrigérateur 1 heure ou 2. Quand le mélange commence à se solidifier, le sortir du réfrigérateur, et le fouetter avec un batteur électrique jusqu’à ce que la texture soit bien aérée et onctueuse. Mettre en pot, et vous êtes en business! Le mélange se conserve bien à température pièce de 3 à 6 mois, ou au réfrigérateur jusqu’à 1 an (mais honnêtement, on sait tous qu’il n’y en aura plus dans quelques semaines…).

NOTE: Le lubrifiant ne conserve pas sa texture crémeuse à l’application: il redeviendra plutôt liquide et translucide avec la chaleur de la peau, ce qui rend l’application aisée!

lubrifiant

Si vous décidez qu’en fin de compte, les organes génitaux au chocolat c’est pas trop votre truc, vous pouvez toujours utiliser ce lubrifiant comme huile à massage ou comme crème hydratante. Pas de soucis, rien ne sera perdu!

Fabriquer votre lubrifiant n’est pas votre truc? 

Si ça ne vous tente pas de fabriquer votre propre lubrifiant, il y a des options sur le marché qui sont écoresponsables et économiques. Audrey a testé le gel intime lubrifiant d’Erinea. Son verdict? Elle n’a que de beaux commentaires à faire sur ce produit super top quality! C’est un produit local, contenant 100% d’ingrédients de source végétale (végane), constitué principalement d’aloès et d’hamamélis. Il est vraiment doux, donc adapté aux vagins sensibles, facile et rapide à utiliser (wink, wink). Je vous invite à jeter un coup d’oeil à la boutique en ligne d’Erinea. Plusieurs autres produits intéressants y sont offerts : huile à massage sensuel, lubrifiant anal, mais aussi de la mousse nettoyante et de la crème pour le visage et les mains, ainsi que de la mousse à raser.

Voilà! Je vous laisse maintenant à vos activités (hum hum…), en vous souhaitant une bonne glisse! ;)

 

*Ce n’est pas une faute de frappe! Le pronom « ille » est employé pour exprimer la pluralité des genres.

 

Références:

DIY Personal Lubricant

Personal Lubricants – A General Guide – with a Coconut Oil Focus

Recipe – Chocolate Mint Love Butter

https://www.jeancoutu.com/sante/conseils-sante/secheresse-vaginale/

 

 

Justine

Author Justine

Je me décris comme : Affamée, ramasseuse, cat lover et crafty. Ma devise : Laisse faire, j’vais le faire. Mon cheval de bataille écolo : Les petits producteurs, les artisans locaux et les commerces éthiques. Mes faiblesses : La recherche perpétuelle de la facilité qui me fait prendre des raccourcis pas si granoécochics, parfois... Ma recette DIY favorite : Le baume à lèvres… j’en consomme une quantité indécente. Je jase de quoi sur le blogue? Ça finit toujours étrangement par tourner autour de la région du bassin… Blague à part, démystifier les tabous avec humour et sans drame, c’est ce que je préfère!

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Join the discussion 9 Comments

  • Josée dit :

    P.S. Je me permets de vous recommander le beurre de karité nature (ou en mélange, tel que tu le proposes), compatible avec le latex, pourvu de vitamines A, D, E, F et K et ďantiinflammatoires naturels…. il est moins huileux et offre une légère adhérence très appréciée en massotherapie, entre autre. Disponible bio et equitable!

  • Myriam dit :

    Petite question…
    Une fois appliqué, est-ce que l’aspect du lubrifiant reste « crémeux » ?
    Ou avec la chaleur et les va-et-vient il se re-liquéfie ?

    Merci pour ce merveilleux billet qui en effet, « rentre dedans » les tabous !

    • Justine dit :

      Bonne question Myriam! Je ne l’ai pas mentionné dans le billet, mais effectivement, la texture redevient plutôt liquide et translucide au contact de la peau! Donc très facile d’application!

  • Lucie Doucet dit :

    Enfin une recette de lubrifiant naturel. Maintenant rendu à une étape de ma vie ou j’ai besoin d’un petit coup de main coté lubrification (la ménopause, hélas!) j’ai longtemps chercher des lubrifiants naturels et il n’existait rien en vente libre. J’ai alors essayé de l’huile d’amande douce et c’est tout à fait merveilleux. Ceci étant dit je vais certainement essayer cette belle recette! Merci!

  • blanquart dit :

    pensez vous que je peux remplacer l’huile de vitamine E par de huile ylang ylang?

    • Woody dit :

      Bonjour! La vitamine E empêche les huiles de rancir donc il n’est pas remplaçable par de l’huile essentielle d’ylang-ylang. Vous pouvez vous référer à la section du billet ‘Huiles essentielles : oui ou non?’ pour prendre connaissance des détails liés à l’utilisation des huiles essentielles. Je vous suggère de consulter un aromathérapeute pour en savoir plus à propos du Ylang Ylang.

  • Sr dit :

    Une fouettée, la crème à figée et à perdue son aspect aérien, est-ce normal?

    • Justine dit :

      Bonjour! Oui, c’est normal. Si on ne fouettait pas du tout, ça aurait plutôt l’aspect d’un baume. Le fouettage rend le mélange plus facile à « saisir » dans le pot, mais la texture ne restera pas onctueuse, surtout en hiver, quand les températures sont fraîches. Au contact de la peau, le beurre fouetté redevient très fluide et facile à étendre!

  • Jude Karoub dit :

    Côté huiles essentielles douces à mettre sur les muqueuses, la plus compatible est l’huile essentielle d’arbre à thé (tea tree). On peut même s’en servir sans la diluer (mais bon, ça gâche). Source : le livre « Je ne sais pas me servir des huiles essentielles » de Danièle Festy (que je recommande, il bien pratique).

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