Cette semaine, sur le blogue, nous avons l’honneur de recevoir Gabrielle Lamontagne-Hallé, journaliste spécialisée dans les enjeux alimentaires et environnementaux. Elle vient nous parler de son sujet fétiche : le jardinage urbain! Eh oui, le beau temps arrive à grands pas, c’est déjà le moment de mettre la main à la pâte si vous voulez vous partir des semis! On vous laisse aux bons soins (mots?) de Gabrielle, bonne lecture!

N.-B. Cet article a été publié à l’origine dans la troisième édition du magazine Versus (maintenant Véganes) au printemps 2016.

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Et si on se mettait à l’agriculture urbaine? Jardin de balcon ou communautaire : petit mode d’emploi pour se lancer dans l’aventure potagère.

Crédit : Gabrielle Lamontagne

Nul besoin d’avoir le pouce vert pour réussir à cultiver des légumes. J’en suis la preuve vivante. Encore chanceuse que les quelques plantes vertes de mon appartement n’aient besoin d’eau qu’une fois tous les dix jours, parce qu’elles frôlent malgré tout la mort par déshydratation plusieurs fois par année. Pourtant, lorsqu’il s’agit de jardiner pour me nourrir et nourrir les gens qui m’entourent, les règles du jeu changent. N’essayez pas de vous interposer entre mon plant de courgettes et moi. Je suis une agricultrice urbaine féroce, activiste de l’arrosoir. Et parce que, disons-le, les géraniums c’est plutôt 2010.

Pourquoi faire un jardin?

Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à l’agriculture urbaine à Montréal, celle-ci m’est vite apparue comme une piste de solution extrêmement polyvalente par la variété d’enjeux environnementaux, économiques et sociaux auxquels elle répond. Non seulement les projets d’agriculture urbaine offrent aux citoyens une meilleure autonomie alimentaire, mais ils leur permettent aussi de manger plus frais, de s’attarder à l’origine de leurs aliments, de prendre conscience de la valeur de ceux-ci, de moins gaspiller, et j’en passe.

Faire son propre jardin ou participer à un jardin collectif ou communautaire permet de resserrer le tissu social en devenant prétexte à toutes sortes d’échanges, d’entraide et de rencontres. Et s’il peut vous permettre quelques économies, votre jardin deviendra bien vite votre plus grande source de fierté — comme en témoignera votre compte Instagram dès le mûrissement de votre première tomate cerise! Bref, les effets collatéraux de l’agriculture urbaine sont tout simplement infinis.

Commencer par le commencement

Que vous fassiez un jardin en plein sol ou sur un balcon, il vous faudra vous procurer un certain nombre de plants. Dans le cas de plantes à croissance rapide comme le haricot, ou encore les légumes racines — comme la betterave ou la carotte —, vous pourrez vous contenter d’acheter des semences et de planter celles-ci en terre au printemps. Évitez les Rona de ce monde, por favor, et optez plutôt pour des semences biologiques ou dites du patrimoine. Dans le cas de plantes qui aiment la chaleur ou à croissance plus lente, comme les fameuses tomates, deux options s’offrent à vous : acheter en pépinière des plants prêts à être transplantés ou encore faire pousser vos propres semis à l’intérieur.

Crédit : Gabrielle Lamontagne

Semis or not semis?

Si vous en êtes à votre première saison de jardinage, on ne vous en voudra pas que vous vous enleviez un peu de pression en vous procurant vos plants chez un pépiniériste. Ils sont là pour ça!

Si en revanche vous sentez l’appel des semis, il vous faudra réunir trois conditions essentielles : espace, luminosité et humidité. Une petite table pourra faire l’affaire, mais il faudra lui trouver un endroit très ensoleillé ou encore prévoir un éclairage d’appoint aux néons. Dans un tel cas, inutile de dépenser des sommes faramineuses en centres de jardinage : un ballast pour fluorescents muni de deux tubes (un blanc froid et un blanc chaud pour reproduire l’éclairage naturel) trouvé en quincaillerie pour une quarantaine de dollars fera très bien le travail. Idem pour les semoirs : accumulez quelques contenants cartonnés d’un ou deux litres de jus pour y lancer vos semis. Si vous mettez la main sur des barquettes transparentes de mesclun ou de roquette, utilisez-les pour recouvrir vos semoirs et ainsi retenir l’humidité et créer un effet de serre.

Pour la marche à suivre (terreau à semis, espacement, arrosage) et le calendrier des plantations, vous trouverez une foule de renseignements sur le Web. Je vous conseille particulièrement le Guide du potager urbain disponible gratuitement en ligne et dont un chapitre entier est dédié aux semis intérieurs. Il faudra évidemment leur donner un peu d’amour, mais c’est personnellement ma meilleure thérapie hivernale. Les petits bouts verts qui émergent de vos barquettes font de chaque lever un moment d’émerveillement digne des matins de Noël!

Planifiez votre jardin

Je ne vous conterai pas d’histoires. Sur le plan productif, rien ne vaut un jardin en pleine terre dans un sol en santé. Mais si comme moi vous n’avez pas accès à un seul centimètre carré de cour, sachez
que l’agriculture urbaine hors sol offre aussi certains avantages, en plus de regorger de possibilités. Elle permet entre autres de contrôler la qualité de votre sol et son irrigation. Les balcons et les façades des bâtiments de Montréal offrent aussi un microclimat quasi tropical à cause de la rétention de chaleur par le bitume, ce dont raffoleront les solanacées (tomate, aubergine, poivron, cerise de terre, etc.).

Questionnez-vous donc sur ce que vous souhaitez voir pousser dans votre jardin : plantes comestibles, ornementales, médicinales, aromatiques? Planifiez ensuite votre aménagement en fonction de l’espace disponible et de l’ensoleillement. Réservez par exemple les zones d’ombrage aux verdures qui préféreront la fraîcheur (laitue, roquette, épinards, etc.) et offrez plutôt du soleil aux solanacées et aux cucurbitacées (concombres, melons, courgettes, etc.).

Votre espace est très restreint? Misez sur les cultures les plus rentables. Des tomates et des verdures fraîches vous feront assurément économiser davantage à l’épicerie que des pommes de terre ou des oignons.

Au moment de disposer vos plantes, essayez d’appliquer les principes de compagnonnage — un joli mot qui désigne les associations bénéfiques de plantes entre elles, pour repousser des insectes nuisibles par exemple. Vous trouverez de nombreux tableaux de compagnonnage en ligne (voir les fiches horticoles du projet Desjardins sur les toits dans la section Ressources), de même que des applications mobiles pour planifier votre jardin en respectant les associations de plantes les plus connues.

Crédit : Ana Roy

Dans les pots de récup’, les meilleurs légumes

Il existe des dizaines de modèles de contenants destinés au jardinage hors sol, à commencer par les populaires sacs Smart Pot en matière géotextile que distribuent depuis plusieurs années Les Urbainculteurs. Sachez toutefois qu’il est possible de monter un jardin en utilisant presque exclusivement des contenants récupérés, comme des sacs de café en jute, d’anciens bacs de recyclage et des chaudières de plastique. Le projet Nourrir la citoyenneté de l’organisation Alternatives propose d’ailleurs une marche à suivre sur son site Web pour assembler des jardinières à réserve d’eau à partir de chaudières récupérées. Il suffit de faire le tour des petits restos de votre quartier pour demander qu’ils vous les mettent de côté au lieu de les jeter. Ces bacs dits à double fond présentent plusieurs avantages, dont une autonomie en eau de quelques jours, une meilleure rétention des nutriments dans le sol et un développement plus en profondeur du système racinaire des plantes.

Crédit: Gabrielle Lamontagne

Quelques erreurs à éviter

 

  • Vouloir en mettre trop : en surchargeant vos bacs, vos plantes risquent de moins produire si elles manquent de nutriments, et vous n’en ressortirez pas gagnant.
  • Vouloir tout essayer : libre à vous de faire vos expériences, mais je les ai essayées les carottes en bac, et elles faisaient au plus deux centimètres.
  • Commencer ses semis trop tôt : oui, on est trop excités, ça se comprend ! Mais un plant de tomate qui fait trois pieds dans un contenant de jus Oasis, inutile de préciser que ça devient un peu à l’étroit !
  • Vouloir tout garder : on me surnomme moi-même la Mère Teresa des plantes. Mais je l’ai appris à la dure, l’agriculture est fasciste. Rien ne sert de transplanter le petit semis frêle si vous pouvez en privilégier un plus fort. Pareil au moment du désherbage : vaut mieux retirer les intrus même s’il peut être intrigant de les laisser pousser, juste pour voir. Fasciste, je vous dis.

Fertilisation et véganisme

À l’heure actuelle, l’essentiel de notre agriculture repose sur une fertilisation à base d’intrants animaux, à savoir les fientes de poules, la farine de crevettes et le fumier composté, pour ne nommer que ceux-là. Il est évidemment possible de fertiliser un sol sans intrants animaux, à condition de varier ses types d’engrais. Un compost végétal riche et équilibré pourra apporter azote et carbone à la terre, de même que l’ajout d’un paillis (paille, copeaux de bois) en surface, lequel permettra en plus de retarder l’assèchement du sol. Si vos plantes présentent des carences nutritives, vous pourrez aussi concocter des purins végétaux maison dont vous trouverez différentes recettes sur le Web.

Bien que nous soyons les amis des animaux, vous risquez d’éprouver à quelques moments de la saison une aversion profonde, voire violente, pour ceux qui réussiront à vous devancer dans votre récolte. Que ce soient les ratons laveurs du mont Royal, les écureuils du Plateau, les oiseaux de Verdun ou le chat du proprio, préparez-vous mentalement : ils seront sans pitié. Il existe bien des trucs de grand-mère pour les tenir à l’écart (piment de Cayenne, poivre, cheveux humains, CD accrochés aux arbres et, en cas extrême, le non séduisant, mais efficace treillis métallique!). Le mieux reste de tester ces options dans votre propre jardin.

Crédit : Gabrielle Lamontagne

Trop coincé?

Même votre balcon n’arrive pas à vous vendre du rêve? Sachez qu’en plus des jardins communautaires, qui offrent aux citoyens de petits lots de jardinage dans tous les arrondissements de Montréal — mais dont les listes d’attente peuvent décourager le plus persévérant des jardiniers —, il existe aussi plusieurs options collectives. Renseignez-vous auprès de votre écoquartier pour connaître les jardins collectifs et les ruelles vertes de votre quartier, ou encore impliquezvous avec les Incroyables comestibles, qui proposent des bacs de culture à partager un peu partout à Montréal.

Sortez vos chapeaux de paille et… bon jardinage!

 Jardiner à petit prix

 

  1. Inscrivez-vous aux ateliers gratuits ou à coût modique offerts par les écoquartiers et autres organismes en agriculture urbaine (Le Crapaud, Concordia Greenhouse, Alternatives, Santropol Roulant, etc.).
  2. Renseignez-vous sur les journées de distribution de compost gratuit et de plantes qu’organise votre arrondissement au printemps.
  3. Privilégiez la récupération et le do it yourself dans le choix de vos contenants de jardinage.
  4. Faites des échanges de semences, de semis ou même de vos surplus de récoltes avec la plate-forme en ligne PlantCatching.
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