Le «baby blues», quelle expression ridicule… Quiconque a expérimenté la détresse psychologique et physique des premières semaines (ou mois…) post-partum sait que ça équivaut à qualifier l’influenza de «drôlerie nasale». Sans être nécessairement une dépression post-partum à grand déploiement, la période qui suit l’accouchement, de par les hormones qui fluctuent, le manque de sommeil, le sentiment d’incompétence et l’anxiété qui la caractérise, est un moment difficile pour les parents. Souvent mal préparés à affronter ce tourbillon (hein??? ça se peut que je trippe pas tant sur mon bébé les premiers temps???), les parents se retrouvent vite à bout de souffle et de nerfs.

Mon chum a souffert surtout de la fatigue et du fait que notre bébé ne se calmait les premières semaines que s’il valsait énergiquement dans le couloir avec elle toute la nuit ou faisait des séries de 30 deep squats de suite. Moi, j’ai bien sûr souffert de la fatigue mentale et physique (ouch, l’accouchement…), mais aussi du sentiment que ma fille avait été mise sur terre pour m’anéantir.

Je me sentais inutile, j’étais incapable de la calmer et j’étais constamment terrifiée à l’idée qu’elle cesse de respirer. Nos seules interactions étaient l’allaitement, très douloureux au début, les changements de couche, innombrables, et les pleurs, interminables. J’ai la chance d’être bien entourée et ceux qui me connaissent savent que j’ai une propension à l’anxiété; heureusement, j’étais bien surveillée et les oreilles attentives, paroles d’encouragement, plats cuisinés m’ont permis de reprendre le dessus en quelques semaines. Après 6 mois, c’est toujours un combat hebdomadaire (WOOT WOOT! On remarque que ce n’est plus quotidien!) de rester on top en ne m’isolant pas dans la maternité et sa routine étourdissante. Je me trouve des trucs pour ne pas devenir une ermite (se laver et se brosser les cheveux, ça fait toute la différence sur le moral) et j’investis par le fait même dans mon bonheur et celui de mon bébé.

J’ai eu envie de partager avec vous des petits trucs pour rester sain(e) d’esprit dans la parentalité, d’abord parce que ça envahit chaque recoin de ma vie en ce moment, mais aussi parce qu’en jasant avec mes amis nouvellement parents, je me rends compte que cette détresse des débuts est vécue par tout le monde à différents degrés et que le fait d’en parler, de savoir qu’on n’est pas seul(e), ça fait du bien.

Le premier pas, littéralement

Cette première fois où tu sors de chez toi après l’accouchement…

Le trajet du lieu de naissance à la maison ne compte pas, tu l’as effectué comme un zombie viandeux, assise de travers sur ton banc de char parce que tu checkais ton nouveau bébé, convaincue qu’il ne respirait plus et aussi parce que t’avais juste trop mal à la jonction de tes jambes et de ton tronc pour t’asseoir drette.

Je te parle de la première fois où tu te sens capable d’enchaîner plus de 10 pas, et que tu franchis le seuil de ta porte avec une main devant le visage pour masquer les puissants rayons du soleil que tu n’as pas vus depuis des jours… (des semaines?). Ce premier pas, il est vraiment important, fais-le vite, sors, ne serait-ce que pour aller t’acheter un brownie végane à l’épicerie zéro déchet du coin (wink wink LOCO). Ça te prouve que t’es encore capable de sortir de chez vous, de marcher, d’agir en vrai humain et pas juste en berlingot/lit d’appoint pour ton enfant. Une fois que tu as fait le premier pas, ne cesse jamais, même si c’est juste pour aller te chercher un sac de chips au coin de la rue.

Aux grands maux les grands moyens! Crédit : Justine BT

Pis une fois que tu seras rendu(e) pro des sorties casual avec bébé, commence à explorer ton quartier. Redécouvre-le avec tes nouveaux yeux de parent avide de tables à langer, spotte les endroits bébé-friendly à distance de marche, les endroits où tu te sens bien pour lire un livre, prendre un café ou manger un sandwich en une minute parce que tu fais pas confiance à ton bébé pour rester calme plus longtemps que ça (wink wink Café Perko).

D’ailleurs, j’ai découvert que le congé parental, c’est l’occasion de consommer local, parce que ton rayon d’action se réduit, que ce soit à cause de la fatigue, du pas-de-char ou du stress de trop t’éloigner du nid (et si bébé me fait 4 cacas explosifs de suite et que tous les outfits de sûreté que j’ai emmenés sont kapouts???). C’est le moment d’encourager les petites épiceries indépendantes, les boulangeries artisanales, les petits cafés qui se fendent en quatre pour te dessiner une fleur en mousse de lait sur ton latte. Pis des fois, même, tu peux aller dans la petite boutique pas loin t’acheter une récompense parce que t’es le meilleur parent du monde et que t’as besoin d’une nouvelle tasse en céramique faite à la main pour te sentir hip à nouveau (wink wink Articho).

Les activités ciblées

Tu commences à être game, t’as envie de faire quelque chose de plus planifié, mais honnêtement, faut que ce soit centré sur ton bébé, parce que de toute manière, tout ce que tu fais finit par tourner autour de ce crapaud d’amour. Il existe plein d’activités pour les duos parent-bébé. Commence par aller faire un tour du côté de la bibliothèque. À ma bibliothèque de quartier, dans Villeray, il y a l’heure du conte pour les bébés de 0 à 24 mois le lundi. J’ai aussi assisté à un atelier sur le portage de deux heures offert gratuitement aux abonnés de la bibliothèque par Espace Famille Villeray. On va se le dire, un porte-bébé, ça aide beaucoup à réduire la logistique matérielle de la promenade (maudite poussette quand t’habites au deuxième étage en janvier!). D’ailleurs, j’ai appris que ma bibliothèque a des porte-bébés et écharpes de portage disponibles en location pour ceux et celles qui aimeraient essayer avant d’investir. Suffit d’être abonné!

Dernièrement je suis allée promener mes cernes de nouvelle maman du côté de la Tasse Gamine, un café végé bébé-friendly dans le Mile-End. Quand je dis bébé-friendly, je ne veux pas dire qu’ils ont libéré 2 pieds carrés de plancher pour squeezer une chaise haute entre deux tables; ils ont une grande aire de jeu, de l’espace à revendre, des chaises hautes, balançoires, jolly jumpers, fauteuils pour allaiter… WOW. C’est littéralement la vocation du café d’être accueillant pour les parents. Malheureusement, durant la rédaction de ce billet, on a appris que la Tasse Gamine devrait fermer ses portes fin mars suite à une hausse de loyer drastique. Quel dommage! Profitez-en pour aller leur donner du love avant que ça ne ferme!

J’y étais donc pour participer à un atelier créatif pour parent-bébé donné par Anne-Sophie Gauclin de Foehn Kids. Elle propose aux parents de fabriquer quelque chose de leurs propres mains en compagnie de leur bébé, le tout en étant super écolo puisqu’on se sert de tissus revalorisés (vieux vêtements, retailles et chutes de designers locaux). L’atelier est convivial et se déroule de façon très décontractée. Pas de stress si bébé régurgite partout sur ton découpage ou si tu passes finalement le tiers du temps à allaiter ou changer des couches : le résultat de tes efforts ne sera pas soumis à un jury de tes pairs, et surtout, Anne-Sophie est là pour te donner un coup de main. C’est aussi l’occasion de socialiser en petit groupe (les ateliers accueillent quatre duos parent-bébé) et de te rendre compte que tu n’es pas seul(e) à vivre de sieste en sieste depuis des mois. Tu ressors de l’atelier avec l’impression rarissime durant les premiers mois de vie de bébé d’avoir accompli quelque chose de concret (ça, ça vaut de l’or). En prime, l’atelier fittait juste bien entre le réveil de bébé et la sieste; j’ai donc eu droit à un beau dodo dans le porte-bébé durant le trajet du retour, et à une crapaude de bonne humeur en rentrant à la maison! On a vite accroché notre création, une banderole avec son nom découpé dans de super tissus recyclés, sur la porte de la chambre de Cretonne. Pour en savoir plus sur les ateliers d’Anne-Sophie, je vous recommande d’aller consulter sa page Facebook : vous y trouverez le contenu des prochains ateliers, les dates, lieux et heures et vous pourrez vous y inscrire. Comme la Tasse Gamine ferme ses portes bientôt, Anne-Sophie y donnera des ateliers jusqu’à la fin mars, puis se déplacera dans d’autres endroits famille-friendly comme La culotte à l’Envers ou Melons & Clémentines.

Du temps pour soi

Prendre du temps pour soi… c’est probablement le conseil le plus difficile à mettre en œuvre, mais probablement le plus salvateur, au final. Ce n’est pas évident de se faire fitter soi-même dans l’horaire quand un humain miniature dépend de toi pour TOUT. Mon chum me dit tout le temps : «Tsé, si tu veux sortir le soir, ça me dérange pas, organise-toi des trucs pour te changer les idées.» Le problème, c’est que rendu le soir, t’as de la broue dans le toupette jusqu’au tsoure de bras, du lait croûté partout sur le chandail pis t’as juste envie de faire la flaque dans un sofa quand bébé finit par s’endormir.

Un jour, j’ai décidé de recommencer le yoga (wink wink Soham yoga). RÉVÉLATION. Aller à un cours de yoga par semaine, ça te replace le zen et ça te claire l’esprit dans le temps de le dire. Je favorise les cours de yoga thérapeutique et restaurateur, qui aident les petits bobos musculaires (ma fille est géante, j’ai mal dins bras) et où t’as toujours la odd chance de t’endormir carrément pendant la relaxation finale tellement t’es ramollie. C’est encore mieux si tu trouves un studio où tu peux prendre les cours à la carte, comme ça, pas de pression, si tu skippe une semaine, tu t’en voudras pas! Plusieurs endroits donnent aussi des cours de yoga post-natal pour parent-bébé qui sont vraiment super, mais je ne soulignerai jamais assez l’importance de s’accorder des moments seul(e) pour se rappeler qu’on existe en dehors de notre rejeton…

L’équilibre… toujours!

Donc, combattre l’isolement, oui, mais si tu es bien à la maison et que tu as envie de rester en linge mou avec bébé toute la journée, GO FOR IT. Je me suis vite rendu compte que se mettre de la pression pour accomplir tout ce que tu réussissais à faire en une journée pré-bébé, c’est une recette parfaite pour être déçu(e), découragé(e) et complètement vidé(e). Le post-partum implique tout plein de petits deuils (le café chaud, les grasses matinées, faire caca facilement…), des tonnes d’hormones (mais quand cessera donc ce torrent d’émotions incontrôlables?… JAMAIS!) et de grandes joies (TU AS CRÉÉ UN HUMAIN!).

C’est CORRECT d’avoir envie de ne rien faire. C’est CORRECT aussi de demander de l’aide si tu as envie de sortir, mais que tu en es incapable. C’est CORRECT de te sentir comme une vieille peau et de pleurer un bon coup, tant que tu ne t’y noies pas. Tout est une question d’équilibre! Surtout, chaque personne gère à sa façon cette période rock’n roll de l’existence parentale. Je ne prétends donc pas détenir la recette miracle… Je suis allée voir du côté des autres mamans Trappeuses ce qui les aide à rester saines d’esprit durant leur congé de maternité!

Marie

«Pour ma part, la quête d’équilibre durant mon congé de maternité, c’est un défi de tous les jours, même rendue avec un mini de presque 9 mois. Certains jours, je rocke la maternité, j’embrasse mon rôle à fond et je suis sur un nuage. D’autres journées, j’ai envie de me mettre en p’tite boule dans un coin, j’ai zéro patience et je suis nostalgique de la simplicité d’avant. Pour éviter d’avoir trop souvent des journées où je me sens moche, je me force à sortir. Je me suis inscrite à un groupe de discussion pour maman-bébé à la maison de la famille de ma région. Ça me permet de ventiler, de parler avec des adultes, de sortir. J’ai aussi beaucoup d’aide de ma maman, qui me fait de délicieux petits plats maison et qui m’accueille presque toutes les semaines avec un bon dîner et une paire de bras supplémentaire pour m’aider. Deux ressources essentielles qui m’aident à garder le cap sur cet océan agité qu’est la maternité.»

Estelle

«Ce qui me permet de rester saine d’esprit, lorsque le chaos de la vie prend parfois le dessus sur le quotidien (ce qui est bien normal!), c’est un paquet de petites choses réunies auxquelles je me rattache, un peu comme à une bouée de sauvetage. Je me prépare une tisane. Je cours vers ma petite bouteille de teinture de scutellaire (plante calmante). Je fais un yoga nidra ou une méditation guidée. Je me vide le cœur auprès de mon homme, qui m’écoute, et ce, surtout sans jugement. Je prends un moment à part pour relativiser. Je tâche de faire des choses qui me font du bien. Je concocte un produit corporel maison : ça m’occupe les idées, ça me valorise et ça me détend. Ce serait idyllique et irréaliste de croire que la maternité est une route linéaire, facile et sans embûche. Mais c’est une maudite belle route, la plus belle que j’ai empruntée de toute ma vie!»

Caroline

«Mes deux congés de maternité ont été très très différents l’un de l’autre. Au premier, j’étais beaucoup trop occupée à magasiner, acheter et rénover une vieille maison avec mon conjoint pour penser à mon équilibre mental héhé (des limites, c’est quoi ça???). Je me souviens que ce qui me faisait du bien, c’était la course à pied, l’escalade et les séances de méditation/yoga. À mon deuxième congé, je ne sais pas si c’était le fait d’avoir deux enfants, mais je passais beaucoup plus de temps à la maison, car sortir avec deux enfants demande un petit peu plus de préparation et j’étais plus paresseuse, on dirait! Ce qui m’a vraiment aidée, c’est encore une fois les séances de yoga avec bébé, comme Estelle, les tisanes (pour ma part, l’ortie et la mélisse), bloguer, popoter, faire de la photographie et cueillir de plantes médicinales, à la fin du printemps. C’est comme si le fait de découvrir les vertus des remèdes maison et ancestraux m’aidait à m’ancrer dans mon rôle de maman et à me connecter encore plus à la nature, à m’enraciner. On ne peut oublier le papa dans tout ça… c’est lui qui m’a toujours encouragée et poussée tranquillement à sortir de ma tanière pour faire des activités pour moi-même. Les mamans, on a tendance à oublier comment prendre soin de nous, et ce sontt souvent les papas qui nous sonnent la cloche pour dire qu’il est temps de recommencer à se faire plaisir.»

Et vous, quels sont vos astuces pour rester sain(e)s d’esprit?

Justine

Author Justine

Je me décris comme : Affamée, ramasseuse, cat lover et crafty. Ma devise : Laisse faire, j’vais le faire. Mon cheval de bataille écolo : Les petits producteurs, les artisans locaux et les commerces éthiques. Mes faiblesses : La recherche perpétuelle de la facilité qui me fait prendre des raccourcis pas si granoécochics, parfois... Ma recette DIY favorite : Le baume à lèvres… j’en consomme une quantité indécente. Je jase de quoi sur le blogue? Ça finit toujours étrangement par tourner autour de la région du bassin… Blague à part, démystifier les tabous avec humour et sans drame, c’est ce que je préfère!

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Join the discussion 2 Comments

  • Annie-Claude dit :

    Ahhh! Les moments de jogging en poussette, les longues marches à profiter des siestes du luminou! C’est ce qui m’aidait réellement à décrocher! Les moments où (même si le petit poulet était encore au sein) papa donnait un p’tit biberon et m’envoyait à grands coups de hourra faire du vélo de montagne. Je suis chanceuse, je me suis reproduite avec un super-papa : »Vas te coucher j’va m’en occuper moé du poulet, t’en a assez fait de même ».

  • Marie-Eve dit :

    Wow j’ai l’impression de lire mes pensées les plus profondes sur la maternité!

    Mon congé est terminé depuis 8 mois maintenant et ça a été très difficile pour moi. Je voulais tout faire, mais n’avais la motiation pour rien.

    Mais quand je me bottais le cul et arrêtais de me dire « bébé va pleurer » ou encore « ça va mélanger son cycle de sommeil » (allo bébé surstimulé par la vie)… MY GOD que ça me faisait du bien ! Et étrangement, une crise à la maison vs dans un lieu public, on dirait que je m’emportais moins dans des pensées négative et je trouvais ça moins difficile à gérer.

    Aussi, chose que je n’ai pas fait, mais que j’aurais donc du, dormir n’importe quand et SANS remord ! On oubli très vite à quel point le sommeil est réparateur pour le corps et l’esprit humain. 💤

    Et un GRAND OUI au temps pour soi. Ne serait-ce que aller faire l’épicerie. Bébé est entre bonnes mains avec papa même s’il n’a pas le sein/les bras de maman.

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