Ahhhh… la douce odeur des parfums produits chimiques! Rares sont ceux sans parfum: déodorant parfumé, « purificateur » d’air ou détergent à odeur de citron frais, de vent de fraîcheur, de bourgeons de lavande ou de brise fraîche océanique de minuit et demi.

L’auteur du populaire roman Le Parfum, Patrick Süskind, disait : « L’intention des parfums est de produire un effet enivrant et séduisant ».

Il a oublié de mentionner qu’ils peuvent aussi produire des allergies, des dermatites, des problèmes respiratoires et potentiellement des effets néfastes sur le système reproducteur. Ouin, c’est vrai que c’est moins romanesque.

Vous êtes-vous déjà demandé ce que contiennent les parfums? C’est ici que réside tout le mystère : pour protéger les secrets commerciaux, les industries fabriquant ces parfums sont autorisées à ne pas dévoiler les ingrédients de ces substances odorantes (!?).

Qu’à cela ne tienne, plusieurs scientifiques et groupes environnementaux ont élucidé en partie ce secret obscur, afin que nous, consommateurs avisés, puissions faire des choix aromatiques sensés.

Du parfum, c’est quoi?

À la base, c’est un alcool qui permet de solubiliser les essences et molécules odorantes.

Historiquement, du Moyen-Âge à la Renaissance, les parfums étaient le fruit d’un processus de macération, décoction, broyage et distillation d’écorces, de résines, de racines ou de produits d’origine animale (musc et ambre gris par exemple). C’est à partir de la fin du XIXe siècle, lors de l’essor industriel et du développement de la chimie, que les produits de synthèse sont apparus. Depuis, la majorité des molécules odorantes sont créées en laboratoire à partir de molécules davantage disponibles. Par exemple, pour faire un parfum à la vanille naturelle, il faudrait énormément de gousses de vanille ($$$). Afin de réduire les coûts, on synthétise la molécule odorante, la vanilline, à partir d’autres composés. Pour ce faire, on peut utiliser la lignine, principale composante du bois, issue des rejets des usines de pâtes et papiers, mais on peut aussi utiliser d’autres molécules. C’est vraiment très simpliste comme explication, mais ça vous donne une idée. De toute façon, la chimie, ce n’est pas mon dada! Je vous laisse le plaisir de faire de plus amples recherches, si le sujet vous intéresse. ;)

De nos jours, lorsque vous lisez le mot « fragrance » ou « parfum » sur l’étiquette d’un produit, c’est en fait un mélange indéterminé de divers produits chimiques. On parle ici de milliers de produits chimiques, dont la majorité n’a pas été testée pour leur toxicité. What?!

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Voici une liste d’ingrédients provenant d’un déodorant commercial. Il contient du parfum, donc plusieurs produits chimiques de synthèse non identifiables. Ce genre de déo est à éviter pour cette raison, mais aussi parce qu’il contient du propylène glycol et du triclosan, mais je n’entrerai pas dans ce sujet dans ce présent billet. Vous pouvez aussi voir qu’il contient des huiles essentielles, telles que le citronellol, l’eugénol et le géraniol (les composés aromatiques de la citronnelle, du clou de girofle et du géranium) : ne vous laissez pas berner, ce déodorant n’est pas « naturel » pour autant!

Effet sur votre santé et sur l’environnement

De plus en plus de liens sont faits entre les parfums et divers problèmes, tant pour la santé que pour l’environnement. On rapporte des relations entre les parfums et l’asthme, les allergies, le mauvais développement de l’enfant, les migraines et même des cancers.

All+is+vanity+Charles+Allan+GilbertLe cas des muscs synthétiques

Si vous pouviez éliminer un seul type de parfum de votre vie, je vous propose de commencer par les muscs synthétiques. Toutefois, ma proposition n’est pas si simple, puisqu’on les retrouve malheureusement dans beaucoup trop de produits : ils composent souvent la base de la majorité des parfums.

Plusieurs études dévoilent que certains des composés présents dans les muscs synthétiques peuvent perturber les systèmes hormonaux ou déclencher une sensibilisation de la peau lorsqu’elle est exposée à la lumière UV. On a même détecté des molécules de muscs synthétiques dans le lait maternel, les tissus adipeux et le sang de cordon des nouveau-nés. Il ne faut pas associer automatiquement la présence de substances artificielles dans le corps à des effets néfastes, mais entre vous et moi, je n’ai pas envie que mon hypothétique futur bébé en boive.

Au chapitre environnemental, ces muscs synthétiques ont aussi été retrouvés dans les sédiments de plusieurs plans d’eau, dont les lacs Érié et Ontario. Ceux-ci sont bioaccumulés dans la chaîne alimentaire et sont potentiellement dangereux pour l’écosystème aquatique. Environnement Canada a reconnu les muscs synthétiques comme étant persistants dans l’environnement, bioaccumulables, toxiques et préoccupants pour la santé humaine.


Biologie 101

Vous avez envie d’épater la galerie avec des mots étranges? Je vous propose : la bioaccumulation! Certaines substances peuvent s’accumuler dans le corps des animaux (au sens biologique du terme, ce qui inclut l’être humain). Elles s’emmagasinent généralement dans les tissus graisseux. Lorsqu’un animal se nourrit, il absorbe les polluants que contient la proie. Plus on monte dans le réseau trophique (ensemble de chaînes alimentaires), plus il y a de substances toxiques consommées et emmagasinées. Cette concentration se nomme bioaccumulation. C’est pour cette raison que les gros poissons, comme le thon, contiennent des concentrations plus élevées de métaux lourds.


Comment repérer les muscs synthétiques?

C’est une tâche difficile, ils seront souvent cachés sous la large étiquette de « parfum » ou « fragrance ». Si vous êtes chanceux, vous pourrez lire musc cétone (souvent associé à l’odeur de poudre de bébé), musc xylène, galaxolide ou tonalide.

Bon…on fait quoi avec ça?

J’aurais aimé avoir une solution simple, mais malheureusement pour nous, pratiquement tous les produits cosmétiques et ménagers standards contiennent des parfums (et potentiellement des muscs synthétiques!). Il faut même faire preuve de prudence face aux produits dits sans parfum : souvent, des agents masquants sont ajoutés afin de dissimuler la réelle odeur du produit. Faites-vous donc plaisir, évitez tous les produits avec le mot « parfum » ou « fragrance » dans la liste d’ingrédients, puisqu’il est impossible de savoir en quoi cela consiste et qu’il y a fort à parier qu’ils contiennent des muscs synthétiques. La « bonne » nouvelle ? Les produits avec des parfums synthétiques sont souvent de composition très douteuse, puisque les parfums servent principalement à masquer l’odeur des produits chimiques. Si vous décidez de les éliminer, ce sera donc un double gain : vous éliminez les produits avec des parfums et possiblement tout plein d’autres produits douteux ! Joie !

Les alternatives ?

Il y en a  heureusement de plus en plus ! Les Trappeuses ont de fantastiques recettes de déodorants naturels, de désodorisant pour la maison et de méthodes pour vous laver les cheveux sans shampoing décapant à odeur de bouquet fleuri tuant l’écosystème aquatique et s’accumulant dans notre corps. Si vous n’avez pas envie de mettre la main à la pâte, la solution : achetez consciemment. Lisez les étiquettes, recherchez des produits écocertifiés (par ex :EcoLogo et ECOCERT), favorisez les produits biologiques, naturels et, lorsque possible, québécois.

Je vous laisse sur une petite recette simple de parfum naturel à base d’huiles essentielles. Attention, ce n’est pas parce que les huiles essentielles sont naturelles qu’elles sont sans danger. Informez-vous sur les précautions à prendre pour chaque huile. Certaines sont photosensibles lorsqu’elles ne sont pas suffisamment diluées (agrumes, bergamote, verveine…), d’autres sont irritantes, allergènes et même toxiques lorsqu’ingérées. Le secret pour les utiliser de manière sécuritaire ? Une dilution adéquate ! Passeport Santé a fait un dossier sur le sujet ici et vous pouvez vous aider avec ce guide des huiles essentielles.

[Update: Consultez le Guide des huiles essentielles bébé et famille friendly de Caroline pour plus d’information sur l’utilisation sécuritaire des huiles essentielles sur les bébés et les enfants!]

Parfum naturel énergisant

  • 7 gouttes d’HE de pamplemousse rose (Citrus paradisi)
  • 5 gouttes d’HE de ylang ylang (Cananga odorata)

Diluez ces huiles soit dans 5 ml d’huile d’amande douce. Vous pouvez ensuite mettre votre mélange dans un flacon à bille pour faciliter l’application. Voilà! Un petit parfum tout simple, dans une base d’huile.

*La dilution dans l’huile est très importante afin d’éviter tout risque pour la santé. Si vous souffrez d’allergie ou avez la peau sensible, faites un essai sur la peau avec une petite quantité de parfum avant de vous asperger allègrement. *

Sur ce, parfumez-vous consciemment! :)

Lecture de chevet:

Je vous invite à lire ce rapport très complet et intéressant NOT SO SEXY: The health risks of secret chemicals in fragrance. Il a été réalisé en partenariat par Campaign for Safe Cosmetics, Environmental Working Group (EWG) et Environmental Defence Canada.

Outil web:

www.ewg.org/skindeep/

Ce site web vous permet de savoir si vos produits cosmétiques présentent des risques pour votre santé. Bien que le choix des termes y soit parfois un peu extrême (par exemple « toxique » plutôt que « chimique »), il n’en demeure pas moins que les faits avancés sont appuyés d’articles scientifiques fiables que vous pouvez consulter, en cas de doute.

Sources:

Wollenberger, L., Breitholtz, M., Ole Kusk, K., & Bengtsson, B. E. (2003). Inhibition of larval development of the marine copepod Acartia tonsa by four synthetic musk substances. The Science of the Total Environment, 305(1-3), 53–64. doi:10.1016/S0048-9697(02)00471-0

Luckenbach, T., Corsi, I., & Epel, D. (2004). Fatal attraction: synthetic musk fragrances compromise multixenobiotic defense systems in mussels. Marine Environmental Research, 58(2-5), 215–9.

Yamauchi, R., Ishibashi, H., Hirano, M., Mori, T., Kim, J.-W., & Arizono, K. (2008). Effects of synthetic polycyclic musks on estrogen receptor, vitellogenin, pregnane X receptor, and cytochrome P450 3A gene expression in the livers of male medaka (Oryzias latipes). Aquatic Toxicology (Amsterdam, Netherlands), 90(4), 261–8.

http://environmentaldefence.ca/reports/not-so-sexy-health-risks-secret-chemicals-fragrance-canadian-edition

http://ec.europa.eu/health/archive/ph_risk/committees/sccp/documents/out171_en.pdf

http://www.ewg.org/skindeep/ingredient/702512/FRAGRANCE/#

http://davidsuzuki.org/issues/health/science/toxics/fragrance-and-parfum/

 

Crédits images:

http://graindemusc.blogspot.ca/2014/02/the-different-companys-ceo-on-upcoming.html

Marie

Marie

Je me décris comme : Une maman, amoureuse, féministe, biologiste, intense, multitaskeuse x 1000 et #granoécochic. Ma devise : Tout, tu-suite, maintenant. Mon cheval de bataille écolo : La lutte aux pesticides, la qualité de l’eau, la préservation de la biodiversité. Mes faiblesses : Le sucre et le sel. Autant j’adore mon panier bio, autant j’ai zéro self-control avec les cochonneries. Rien de bon pour ma santé, ni pour l’environnement. J’essaie fort d’arrêter. Ma recette DIY favorite : Le liniment oléocalcaire. Tellement polyvalent! Je jase de quoi sur le blogue? Un peu de tout. Quand c’est possible, j’aime ajouter une petite twist scientifique!

5 Comments

  • Mariane dit :

    J’ai une question pour toi Marie! Je regardais les ingrédients de mon savon à lessive biodégradable et j’ai remarqué qu’il contenait du parfum… Je n’achète jamais rien qui contient du parfum pour ce qui est des cosmétiques, mais je ne connaissais pas l’impat environmental des parfums, alors j’ai pas pensé acheter des savons et nettoyants sans parfum (ce que je ferai à l’avenir c’est sûr!). Mais là tout d’un coup, je trouve assez contradictoire qu’un produit qui se dit biodégradable et « écolo » contienne des parfums… Est-ce que c’est juste moi?! Sachant maintenant que plusieurs parfums contiennent des muscs synthétiques et que ceux-ci peuvent se bioaccumuler et qu’ils sont toxiques pour l’environment (et la santé), comment on peut mettre des parfums dans des produits qui se disent biodégradables et verts? Est-ce que le terme biodégradable est overrated? Est-ce que ça veut dire que les parfums utilisés ne contiennent pas de muscs synthétiques ou est-ce que ce n’est juste pas pris en compte pour qualifier un produit de biodégradable? Finalement, ça veut dire quoi biodégradable haha? Je ne sais pas si tu connais les réponses, mais ça me préoccupe tout d’un coup alors je me suis dit que je poserais les questions. Ça ferait un super sujet à explorer en tout cas!

    • Marie dit :

      Biodégradable est maintenant utilisé à pas mal toutes les sauces, parce que si on pousse très loin: tout est biodégradable! Du plastique aussi, c’est juste que ça va prendre des milliers d’années. Il est donc facile pour les compagnies d’utiliser ce terme simili-écolo pour réussir à attraper des clients. Ce type de marketing, c’est du « Greenwashing » (ou son équivalent franco étrange: écoblanchiment). On peut facilement reconnaître cette stratégie publicitaire: logo vert, utilisation des termes « naturel », « biodégradable » et « sans [insérer produit nocif ici] ». Ce n’est pas parce qu’un produit est « sans phosphate » ou « sans parabens » qu’il est vraiment vert pour autant!

      Chez moi on utilise le détergent Eco Max. Il est certifié EcoLogo, canadien et est disponible sans odeur et avec odeur (huiles essentiels seulement). Je sais qu’il y a d’autres compagnies qui offrent de bons produits, il faut chercher un peu et bien lire la liste d’ingrédients!

      Autres alternatives: se fabriquer son propre détergent avec du borax, ou utiliser simplement du savon de castille et un rince au vinaigre, ou, pour les plus aventureux: utiliser des « Soap Nuts » (allez googler ça, je n’ai pas encore testé, mais c’est intrigant!).

      Tenter de tout éliminer peut s’avérer un vrai casse-tête, oh que oui! Au niveau des détergents à lessives, ce n’est vraiment pas plus simple, malheureusement…Il y aurait même matière à un futur billet entier sur les différentes méthodes écolo pour nettoyer les vêtements. ;).

      • Mariane dit :

        Merci Marie!

        Me semblait bien aussi…! Je commençais à trouver louche que plein de marques commerciales commencent à afficher « biodégradable » partout… Oui fabriquer mon propre détergeant c’est ma prochaine étape! J’ai trouvé une recette de détergeant en poudre intéressante, mais il me manque un ingrédient pour pouvoir la compléter, hehe. ;) Les soapnuts c’est super aussi! J’en ai chez moi et je les utilisent régulièrement. Par contre, pour les lavages intenses, je n’ai jamais osé les utiliser, j’avais peur que ça ne lave pas assez… Tu peux même te laver les cheveux avec! :D Suffit de les faire infuser, de faire mousser le liquide dans un blender et hop dans les cheveux.

  • Caroline dit :

    Normalement, lorsque c’est légitimement biodégradable, il est par exemple écrit (en petits caractères) : biodégradable en 30 jours selon le test 301D de l’OCDE. Bref, il faut lire les petits caractères. Par contre, je ne connais pas les critères de l’OCDE pour décréter qu’un produit est biodégradable. Est-ce que ça prend en compte les parfums?

    Je seconde sur la partie « choisir les produits ÉcoLogo », ce sont les meilleurs choix environnementaux sur le marché (à l’exception des p’tits recettes maison, bien sûr!)

    • Marie dit :

      Merci pour les précisions Caroline! :) En cherchant un peu, j’ai cru comprendre que les critères de biodégradabilité de l’OCDE concernent seulement les agents tensioactifs entrant dans la composition du produit (surfactants/détachants). Sous toutes réserves, j’en déduis donc que cela ne prend pas en compte les parfums dans l’évaluation…malheureusement. De toute manière, il n’y a que des avantages à les éviter! ;)

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