«Manger des aliments locaux et de saison, c’est bien beau, mais on fait quoi l’hiver?» vous demandez-vous. Et si je vous disais qu’il est possible de continuer à manger local en bonne partie durant la saison froide? Bon, c’est sûr que vous ne trouverez pas des poivrons frais ou des tomates des champs en février, on s’entend. Mais l’offre est quand même loin de se limiter aux oignons et aux patates! Voici quelques pistes pour augmenter le pourcentage d’aliments locaux dans vos repas cet hiver.

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Bon, si vous n’y avez pas encore pensé, il commence à être un peu tard pour ça cette année, mais les conserves, la lactofermentation, le séchage et la congélation sont de très bons alliés pour conserver les aliments et manger local l’hiver! Pour les conserves et la lactofermentation, renseignez-vous bien avant de vous lancer, pour être sûrs d’avoir des aliments salubres. Ce n’est pas bien compliqué, mais il faut s’assurer d’utiliser des instruments stérilisés et les bonnes proportions d’ingrédients pour que le résultat final soit suffisamment acide, salé ou sucré pour éviter le développement des bactéries. Vous pourriez ainsi canner vos tomates, vous faire des pickles maison, de la confiture de cerises de terre, du kimchi ou de la choucroute! Autant de façons délicieuses de conserver plus longtemps vos légumes et fruits récoltés en été et en automne.


Pour des recettes éprouvées et des conseils, je vous suggère de consulter le site de Bernardin!

Pour des ateliers de formation, renseignez-vous auprès de vos organismes écocitoyens locaux. À Montréal, le Santropol Roulant en offre entre autres. À Québec, Craque-Bitume et La folle fourchette donnent aussi des ateliers de cannage et de lactofermentation à l’automne. Sans oublier La Sourcière, à Saint-Valère, chez qui vous pouvez également apprendre le procédé de la lactofermentation.


piment_fort_mgLe séchage est surtout utile pour les fines herbes, les petits piments forts et les fleurs médicinales, mais si vous avez un déshydrateur, vous pouvez vous faire des cuirs de fruits, des tomates séchées ou des chips de pomme! Un déshydrateur, c’est aussi parfait pour conserver vos précieux champignons sauvages, si abondants à l’automne.

Quant à la congélation, c’est pas mal mon option préférée quand l’abondance frappe! Les petits fruits, par exemple, peuvent être cueillis en grande quantité durant l’été, puis stockés au congélo pour couvrir les besoins de tout le reste de l’année. C’est d’ailleurs plus économique. Personnellement, j’ai cueilli pour environ 40 $ de bleuets, 30 $ de framboises et 40 $ de fraises et c’est en masse suffisant pour mon copain et moi jusqu’à la fin du printemps prochain! En dehors des petits fruits, pensez à congeler des poivrons grillés, des céleris en dés, du maïs égrainé, des haricots blanchis, etc.

Il est aussi possible de congeler des fines herbes plus fragiles comme le basilic, l’origan et le persil, dans des bacs à glaçons, une fois recouvertes d’huile d’olive. Les cubes obtenus pourront servir dans la préparation de vos plats, pour faire sauter vos ingrédients, ouencore fondus dans votre portion de produits céréaliers ;) Ça parfume n’importe quoi! Si vous ne séchez pas vos herbes et ne les congelez pas non plus, vous pouvez faire des herbes salées ou du pesto (parce que, soyons honnêtes, on ne se tanne jamais du pesto). Le pesto est d’ailleurs une belle option pour éviter le gaspillage de manière générale, en exploitant les fanes de carottes ou de radis par exemple.

S’abonner

Les marchés locaux sont plutôt morts durant l’hiver, mais ça ne veut pas dire que les producteurs n’ont plus rien à offrir. Plusieurs d’entre eux distribuent des paniers bio même en décembre! Les Fermes Lufa, entre autres, continuent à livrer pendant la saison froide (en passant, même si vous n’êtes pas à Montréal, Lufa a quelques points de livraison en dehors de la métropole, dont Magog, Sherbrooke, Trois-Rivières et Québec. Vérifiez sur le site!). Disons que la production en serre aide beaucoup. ;) Beaucoup de producteurs faisant partie du réseau Fermiers de famille d’Équiterre ont aussi des paniers en hiver, tout comme les Bio Locaux, un regroupement de producteurs membres de la Coopérative pour l’Agriculture de Proximité Écologique (CAPÉ). Les paniers d’hiver des Bio Locaux regroupent des produits 100% bio de 18 maraîchers et de 7 éleveurs, producteurs céréaliers et transformateurslegumes_mhDe mon côté, c’est le premier hiver où je vais être abonnée à un panier bio et j’ai bien hâte de voir comment ira mon roulement d’épicerie. Je suis abonnée à la Coopérative La Mauve (livraisons à Québec et Lévis), qui offre une très belle diversité de produits bio, locaux, de qualité. Sur son site, on peut voir qu’en hiver, j’aurai bien plus que des patates : les légumes racines sont bien sûr très présents (carottes, betteraves, panais, céleri-rave, topinambours, navets, etc.), mais aussi les pommes, les courges, les fruits congelés, les produits transformés (farines, graines de chanvre, choucroute, végépâté, fromages, etc.), les viandes (si ça vous intéresse) et même des haricots secs. Les tomates de serre et les verdures (roquette, choux, épinards) peuvent aussi être livrées jusque très tard ou à partir de très tôt au printemps.

Pour l’instant, depuis juin environ, j’ai réduit drastiquement mes visites à l’épicerie puisque mes paniers couvraient la majorité de mes besoins en fruits et légumes. J’y allais surtout pour des oignons et des poivrons en début de saison, et pour des trucs plus exotiques comme des bananes. Mes paniers d’hiver (qui débutent maintenant) vont être aux deux semaines, mais contiendront un peu plus de stock, donc j’ai bien hâte de voir à quel point je devrai recommencer à aller à l’épicerie… ou pas. Je vous tiendrai au courant!

Faire pousser

Finalement, une option à laquelle on ne pense pas quand le gel arrive, c’est qu’on peut continuer à jardiner un peu pendant l’hiver! Ne pensez pas à des tomates si vous n’avez pas accès à une serre, mais vous pouvez quand même vous faire pousser de la verdure ultra-locale selon l’espace qui vous est disponible.

Si vous avez un jardin en pleine terre à l’extérieur, des couches froides ou même chaudes peuvent prolonger grandement votre saison et vous permettre d’avoir des choux, des poireaux et autres légumes résistants au froid jusqu’en décembre. Vous pourrez de plus y semer dès mars ou avril. Mais même si vous êtes moins mordus de jardinage ou que vous n’avez pas accès à une cour, vous pouvez cultiver à l’intérieur, que ce soient des champignons ou des pousses et des germinations! C’est super simple à faire, c’est très économique et ça vous fournira de bons nutriments ainsi que de la fraîcheur dans vos repas.pleurotes_mh2

Pour des germinations, il vous faut seulement des graines, un pot Mason, un bout de coton à fromage et un élastique. Vous faites d’abord tremper vos graines dans l’eau un certain nombre d’heures (ça varie selon les graines, mais en général pendant une nuit), puis vous les rincez et les mettez dans votre pot, que vous fermez avec un coton à fromage tenu en place par un élastique. Il faut placer le pot à l’envers, légèrement en angle (par exemple accoté dans un bol) afin que l’eau se draine bien. Ensuite, il suffit de rincer les graines environ 2 fois par jour pendant quelques jours, et vous aurez de belles germinations! Luzerne, bien sûr, mais aussi radis, moutarde, pois, haricots mung…

pois_mh2Pour des pousses, il vous faut un petit plateau de terre (ça pourrait être une assiette à tarte remplie de terreau), où vous sèmerez vos graines et les arroserez légèrement, jusqu’à ce que les bébés plantes fassent leurs deux premières feuilles. Il ne reste plus qu’à les couper pour ajouter des pousses de tournesol, de pois, de sarrasin ou de betterave à vos salades, rouleaux et sandwichs!

En attendant vos premières pousses et avant d’ouvrir vos précieux cannages, profitez des légumes de saison encore abondants, comme les courges. Pour les préparer, voici deux recettes originales qui feront changement de la courge spaghetti!

Haricots blancs au poireau et à la courge poivrée, sauce moutarde et cassiscourge_2mhDonne 4 portions

1 courge poivrée
2 t. de haricots blancs cuits
2 poireaux, coupés en rondelles
1 gousse d’ail, émincée
2 branches de romarin
1 c. à t. de thym frais ou séché
Huile d’olive
Sel et poivre
⅓ t. de cassis frais ou congelé (des canneberges, ça pourrait être bon aussi!)
½ t. de basilic ciselé grossièrement (facultatif)

Sauce à la moutarde
1 c. à s. d’huile d’olive
1 –c. à s. de moutarde de Dijon
¼ t. d’eau
⅛ c. à t. de graines de moutarde
1 c. à t. de zeste de citron
¼ c. à t. d’aneth
Sel

Instructions

Préchauffer le four à 350 °F. Préparer la sauce en mélangeant tous les ingrédients. Réserver.

Bien laver la courge (la pelure se mange aussi, à condition d’être assez mince, ce qui dépend de la maturité de la courge). La couper en quartiers d’un pouce d’épaisseur. Badigeonner les quartiers avec de l’huile d’olive et les étendre sur une plaque de cuisson. Saler, poivrer et parsemer de thym, de romarin et d’ail émincé. Enfourner pendant 20-25 minutes ou jusqu’à ce qu’ils soient tendres, en les retournant à mi-cuisson.

Faire revenir les poireaux avec un peu d’huile d’olive. Lorsqu’ils commencent à tomber et à dorer, ajouter les haricots blancs et le cassis pour les réchauffer. Saler et poivrer au goût, puis ajouter la sauce à la moutarde et brasser pour bien enrober. Lorsque la courge est prête, l’ajouter au mélange de haricots ou la servir à côté. Ajouter le basilic juste avant de servir si vous le souhaitez.

Jus de citrouillejus_citrouille_mhDonne 4 L

1,5 lbs de citrouille
2 t. de jus de pomme
⅛ c. à t. de cannelle moulue
⅛ c. à t. de clou de girofle moulu
⅛ c. à t. de gingembre moulu
⅛ c. à t. de cardamome moulue

Instructions

Couper la citrouille en quartiers d’environ 1 ou 2 pouces d’épaisseur. Étendre ceux-ci sur une plaque à cuisson et enfourner à 350 °F jusqu’à ce qu’ils soient tendres, soit durant environ 30 minutes. Laisser refroidir, puis enlever la pelure.

Une fois la citrouille bien refroidie, passer tous les ingrédients au mélangeur, et plus d’une fois au besoin. Ajouter de l’eau si nécessaire. Le jus peut ensuite être mis au réfrigérateur comme tel (il aura une texture de smoothie et il faudra penser à le brasser avant de s’en servir) ou après filtration à travers un tissu fin ou plusieurs couches de coton à fromage (pour un jus plus clair).

Servir bien froid, en imaginant qu’on est à Poudlard!

Bon appétit!

Marie-Hélène xx

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Marie-Hélène

Écrit par Marie-Hélène

J’aime la bouffe. J’aime la voir pousser, la préparer, la partager. Mais – je l’avoue - j’aime surtout manger! J’adore le côté un peu magique de la cuisine, les transformations chimiques, et mélanger des ingrédients a priori incompatibles. J’aime les pois chiches, le thé, le chocolat et la bière. Je m’intéresse aussi beaucoup aux bienfaits sur la santé des aliments. En digne fille d’une mère passionnée de cuisine et d’un père philosophe-artiste-qui-fait-son-compost, je m’intéresse non seulement à la nourriture, mais je suis aussi une intello grano. Je me passionne pour l’écologie, la simplicité, le DIY et je tripe sur les tiny houses. Mon parcours d'études témoignes d'une dispersionnite aiguë : bachelière en sciences des religions, j’ai aussi complété une maîtrise en relations publiques et un certificat en développement durable. Travaillant maintenant dans le milieu de l'agriculture urbaine et étant végétarienne, je vous parlerai d'alimentation saine et intelligente. Pour plus de recettes, jetez un œil à www.cuitleutcru.com. À votre santé!

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Question? Commentaire? 3 Commentaires

  • Judith dit :

    Dans votre billet sur la consommation local en hiver, j’aurais évoqué aussi les Bio Locaux qui offre une alternative 100% bio et locale tout l’hiver. Le réseau des fermiers de famille d’Équiterre est encore et depuis 20 ans la référence de la consommation locale et Bio en toutes saisons. Je suis cependant vraiment d’accord que d’abord et avant tout, il faut faire un effort pour conserver l’abondance de la saison estivale et automnale chez soi!

    • Bonjour Judith,
      Merci du commentaire et de la référence! Comme je n’habite pas la région de Montréal, je ne connaissais pas les Bio Locaux, mais je m’en vais de ce pas ajouter une référence dans mon billet à cette initiative et aux fermiers de famille d’Équiterre en général (je croyais avoir fait une référence plus claire à ceux-ci dans mon texte)!

  • Dominique dit :

    Très instructif ! Merci.

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