Qu’ont en commun le dentifrice Colgate blanchissant, un exfoliant pour le visage Aveeno et un nettoyant Clean & Clear? … La présence de microbilles de plastique! Ces petites billes de la grosseur d’un grain de sable sont ajoutées pour leurs supposés effets exfoliants, polissant et désincrustant. Il n’y a toutefois aucune preuve réelle de leur efficacité par rapport aux alternatives plus naturelles. Bon, admettons que l’intention exfoliante ne soit pas si mauvaise, reste que le matériel utilisé lui, est très très ordinaire, pour ne pas dire ri-di-cule.

Ahhh le plaisir de se mettre du plastique dans la bouche, sur la peau et surtout : dans l’écosystème aquatique [sarcasme]… Malgré le caractère illogique de la chose, c’est tout de même ce que vous proposent PLUSIEURS fabricants de produits corporels, cosmétiques, dentaires et ménagers. De mon côté, je vous propose plutôt de LES BANNIR à jamais de votre armoire de toilette et de votre ménage quotidien. Pourquoi? Parce que l’impact néfaste des microbilles sur l’écosystème aquatique est reconnu au sein de la communauté scientifique et qu’il n’y a aucun argument valable à utiliser du plastique dans des produits pour le corps ou la maison. Surtout que les alternatives sont nombreuses, peu couteuses et totalement accessibles!

Photo: Beat the microbeads

Photo: Beat the microbeads

Impacts environnementaux

Ce sujet me touche énormément. Pour moi c’est un véritable non-sens. Je ne comprends pas comment des fabricants de cosmétiques en sont venus à se dire que ce serait une bonne idée d’ajouter des microbilles de plastique à leurs produits. Je ne comprends pas non plus pourquoi tous les paliers de gouvernement de plusieurs pays [dont le nôtre] ont laissé faire ça, les yeux fermés, sans poser de question sur les risques potentiels pour l’environnement. Je ne comprends pas pourquoi le principe de précaution* ne s’est pas appliqué. On commence tranquillement à réaliser l’ampleur des dégâts, d’ailleurs, plusieurs villes et états du monde les ont bannies, par exemple l’Illinois. La présence des contaminants microplastiques dans les océans du monde est connue, mais leur détection dans les eaux de surface des lacs et des fleuves est récente. Le Québec n’est pas en reste. Une équipe de chercheurs de l’université McGill a échantillonné les eaux du fleuve St-Laurent afin d’évaluer la présence de ces contaminants. Résultats? Presque tous les échantillons en contenaient. Pire encore, certains endroits présentaient des concentrations de microbilles largement supérieures à certains secteurs les plus contaminés du monde. On parle ici d’une proportion d’UN MILLIER de microbilles de plastique PAR LITRE de sédiments (!?!?!?). Les preuves sont là, cette problématique se passe aussi ici, en ce moment. Je vous invite à visionner cette petite vidéo fort intéressante (en anglais) qui résume très bien la situation:

This New Movie Could Stop Plastic Microbeads Forever!Watch. Take Action. Share. Repeat. bit.ly/nomorebeads

Posted by The Story of Stuff Project on 6 mai 2015

Vous savez déjà tous que tout ce qui est fait de plastique est dérivé du pétrole. Je pense que je n’ai pas besoin de vous rappeler qu’à la base, l’industrie du pétrole, c’est très mauvais au niveau environnemental. Le problème avec les microbilles de plastique, c’est qu’en plus d’être issues de l’industrie du pétrole, elles causent aussi de sérieux problèmes environnementaux. Pourquoi? Lorsqu’on se brosse les dents ou qu’on se lave avec des produits contenant des microbilles, celles-ci passent par le drain du lavabo ou de la douche. Elles prennent ensuite le chemin des conduites d’eau pour se rendre jusqu’à l’usine de traitement des eaux. Dans le meilleur des mondes, les usines seraient suffisamment efficaces pour les traiter et les éliminer à cette étape, mais puisqu’elles sont très petites (moins de 1 mm), elles passent tout droit et se retrouvent directement dans nos rivières, lacs, et dans le fleuve. Une fois dans l’écosystème aquatique, elles s’accumulent dans les fonds marins et ne se décomposent pas. Ces microbilles peuvent absorber certains polluants, les rendant encore plus toxiques. Elles peuvent ensuite s’incruster dans l’appareil respiratoire ou digestif des animaux par l’alimentation ou la respiration. Les animaux situés plus haut dans la chaîne alimentaire s’alimenteront ensuite des animaux ayant ingéré les microbilles, les accumulant à leur tour, perturbant ainsi le réseau trophique (chaîne alimentaire). C’est ce qu’on appelle la bioaccumulation. N’oublions pas que nous (les omnivores) faisons partie intégrante de cette chaîne. Nous sommes d’ailleurs plus à risque d’ingérer les polluants, puisque nous sommes situés dans le haut de cette chaîne. C’est l’effet pervers de la bioaccumulation! L’impact des microbilles de plastique pourrait donc se faire ressentir jusque dans notre assiette et éventuellement, sur notre santé. Ce n’est pas parce que ce phénomène n’est pas visible dans notre quotidien qu’il n’a pas d’impact sur nous!

*Principe de précaution : « En cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement. » Principe 15, déclaration de Rio, 1992.

Comment enrayer ces cochonneries?

Vérifiez la liste d’ingrédients de vos produits et évitez TOUS les produits contenant les ingrédients suivants:

  • polyéthylène (PE)
  • polypropylène (PP)
  • polyterphtalate d’éthylène (PET)
  • polymethyl méthacrylate (PMMA)
  • nylon

Portez une attention particulière aux exfoliants, nettoyants pour le visage et le corps, crèmes antirides, ainsi qu’aux dentifrices. Téléchargez gratuitement l’application Beat the Microbead sur votre cellulaire afin de scanner vos produits et vérifier s’ils contiennent des microbilles de plastique.

Aveeno-Ingredients-ListVoici un exemple d’une liste d’ingrédients d’un exfoliant Aveeno. On retrouve le polyéthylène, donc des microbilles de plastique. Mention « spéciale » aux autres ingrédients à éviter dans cette liste: Sodium Laureth Sulfate, Polyethylène glycol (PEG), Methylparaben, Fragrance. Bref: à éviter pour plusieurs raisons, mais la seule présence du polyéthylène devrait sonner une cloche et vous faire dire un gros NON.

Pour les produits ménagers, les ingrédients ne sont pas toujours indiqués. Évitez les produits standards contenant des microparticules (savons, crème et poudre à récurer).

Vous ne pouvez vous passer d’un exfoliant? Utilisez des alternatives naturelles toutes simples comme la récente recette d’Estelle aux herbes et sel marin. Vous pouvez aussi simplement ajouter une petite quantité d’éléments exfoliants naturels à votre nettoyant préféré. Les options les plus douces sont la poudre de noyau d’abricot, d’orange ou de lait de coco. Ensuite on a le bicarbonate de soude, la farine d’avoine, l’argile, la poudre d’amande, le curcuma, le gingembre moulu, le cacao en poudre, la noix de coco râpée, poudre de coque de noix, farine de sarrasin, le sucre, le sel,  le marc de café, NAME IT. Gardez simplement en tête que la peau du visage est plus sensible que le reste du corps. De ce fait, utilisez des exfoliants plus doux à cet endroit. Comment le savoir? Faites le test. Prenez par exemple du gros sel de mer et un peu d’eau, frottez le tout dans vos mains. Vous réaliserez rapidement que cet exfoliant est trop rude pour votre visage, mais il serait parfait pour la corne sous vos pieds!

Pour votre ménage, allez voir ce billet de Mariane, il contient plein de trucs et de recettes toutes simples pour une maison spic’n span, et ce, sans microbille!

Je suis pas mal convaincue que vous avez au moins un ou plusieurs de ces ingrédients dans votre garde-manger: y’a aucune excuse de ne pas commencer maintenant! ;)

Pour terminer, je vous invite à parler de cette problématique aux gens autour de vous. Oui, le gouvernement canadien a annoncé son intention à bannir progressivement l’usage des microbilles de plastique, mais il désire évaluer la chose et consulter les acteurs de l’industrie des cosmétiques avant. Vous conviendrez comme moi que l’utilisation des microbilles est complètement ridicule. Il existe déjà suffisamment d’études scientifiques (entre autres: ici, ici, ici, ici et ici) le démontrant. Prenons donc les devants, n’attendons pas après les multiples déboires administratifs et réglementaires du gouvernement et cessons d’acheter ces produits. Acheter, c’est voter!

Sur ce, je m’en vais me faire un bon scrub au sucre, à l’huile de coco et au miel!

Est-ce que je vous ai convaincue? Dites oui! Dites oui! ;)

Marie xx


Crédits photo:

Dessin par Adam Zyglis

http://www.happysimpleliving.com/2014/12/11/why-im-sending-back-my-aveeno-natural-skin-cleanser/

www.5gyres.org

Références:

http://www.ec.gc.ca/ese-ees/default.asp?lang=Fr&n=ADDA4C5F-1

http://www.beatthemicrobead.org/

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/science/2014/10/24/001-microbilles-plastique-plastique.shtml

https://www.mcgill.ca/newsroom/fr/channels/news/polluants-microplastiques-dans-fleuve-saint-laurent-239101

http://www.nrcresearchpress.com/doi/abs/10.1139/cjfas-2014-0281#.VctBQvkf2Yw

http://imedea.uib-csic.es/master/cambioglobal/Modulo_III_cod101608/tema%2011-invasoras%202013-2014/plastics/Microplastics-in-the-marine-environment.pdf

http://www.researchgate.net/profile/Tamara_Galloway2/publication/51719107_Microplastics_as_contaminants_in_the_marine_environment_A_review/links/00b7d534100478d252000000.pdf

http://www.researchgate.net/profile/Stephanie_Wright6/publication/236096229_The_physical_impacts_of_microplastics_on_marine_organisms_A_review/links/004635314902c4f012000000.pdf

http://www.marcuseriksen.com/wp-content/uploads/2013/10/Microplastic-pollution-in-the-surface-waters-of-the-Laurentian-Great-Lakes.pdf

Auteur Marie

Je me décris comme : Une maman, amoureuse, féministe, directrice d'un organisme, intense et résolument grano/sorcière. Ma devise : Tout, tu-suite, maintenant. Mon cheval de bataille écolo : Trouver l'équilibre entre mes valeurs écologiques, notre société de consommation et mon bien-être. Mes faiblesses : Le sucre et le sel. Autant j’adore mon panier bio, autant j’ai zéro self-control avec les cochonneries. Rien de bon pour ma santé, ni pour l’environnement. J’essaie fort d’arrêter. Ma recette DIY favorite : Le liniment oléocalcaire. Tellement polyvalent! Je jase de quoi sur le blogue? Un peu de tout. Quand c’est possible, j’aime ajouter une petite twist scientifique!

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Rejoindre la discussion 10 commentaires

  • LISONLISETTE dit :

    OUiiiii ultra convaincu ! ;)

  • Lucie Doucet dit :

    Bravo Marie pour ton article bien documenté. Je suis convaincue et je ferai doublement attention dans l’achat de mes produits ménagers et cosmétiques et fait intéressant, même si c’est supposé être des produits naturels, il faut lire la liste des ingrédients car ils (l’industrie) en mettent quand même!!!

    • Marie dit :

      Merci maman! :)

      Eh oui, il faut faire attention aux soi-disant produits « naturels ». Plusieurs entreprises font du « Greenwashing ». Un produit se donnant des airs écolos n’est pas synonyme d’ingrédients naturels…il faut toujours lire l’étiquette!

      xx

  • Amélie dit :

    Super article! J’étais déjà convaincue, mais tu peux bien me reconvaincre :P

    Bonne nouvelle : un décret adopté le 1er août ajoute les micro-billes de plastique à la liste des substance toxiques identifiées dans la Loi canadienne sur le protection de l’environnement : http://gazette.gc.ca/rp-pr/p1/2015/2015-08-01/html/reg1-fra.php

  • Amélie dit :

    Bon, le message est parti tout seul. La suite donc :
    Je me demande bien quels délais seront nécessaires avant que tous les produits contenant de micro-billes soient retirés des pharmacies et autres commerces, mais c’est un bon premier pas à mon avis :)
    Et vive les options d’exfoliants maisons!

    • Marie dit :

      Merci Amélie pour ton commentaire! On n’est jamais trop convaincue! haha! ;)

      J’ai lu à quelques endroits que plusieurs grands fabricants de cosmétiques (genre L’Oréal, Palmolive, etc.) se sont engagés à éliminer progressivement les microbilles, le problème, c’est qu’ils n’ont pas donné d’échéance pour l’élimination complète. Au Canada, Loblaws s’est engagé à les éliminer d’ici 2018. Bref, ce n’est pas immédiat, ce qui justifie de bien vérifier la liste des ingrédients d’ici là! Mais je suis bien d’accord avec toi: c’est un très bon premier pas! :)

      Marie xx

  • claudie dit :

    Merci beaucoup pour cet article super intéressant, je ne connaissais pas les noms des produits à éviter. Le dentifrice, il y a longtemps que je ne l’utilise plus… Merci encore !

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