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Un macérât huileux, aussi appelé extrait oléique, est une huile thérapeutique résultant de la macération d’une plante médicinale dans une huile végétale dite « porteuse » (carrier oil). Le processus de macération permet à cette huile de recueillir et de conserver les principes actifs des plantes.

Le macérât huileux peut se substituer à la majorité des huiles végétales dans une recette de cosmétique dans le but de la bonifier. Par exemple, dans une recette de beurre fouetté à l’huile de tournesol et au karité, on pourrait remplacer l’huile de tournesol par un macérât de calendula pour rendre le produit plus adoucissant, cicatrisant, anti-inflammatoire, etc. Bien que souvent facultatif, le macérât est parfois indispensable à une recette, comme dans le cas d’onguents médicinaux (ex. : contre les démangeaisons, les crampes menstruelles, etc.). C’est une option parfaite aussi pour les bébés (allô les huiles à massage, huiles de bain, baumes pour les fesses aux plantes médicinales!) et les femmes enceintes, car elles sont sécuritaires, contrairement aux huiles essentielles, dont l’utilisation exige de plus grandes précautions.

Macérât de carottes

Photo : Same Ravenelle

L’huile de tournesol ou d’olive sont d’excellentes bases pour les macérât huileux. De plus, leur durée de vie sur les tablettes est assez longue.

Macérât à chaud ou à froid?

La macération huileuse peut se faire de deux façons : à chaud ou à froid, de la même manière qu’on peut infuser une tisane dans de l’eau chaude pendant 10 minutes, ou dans l’eau froide durant 24 h.

Un extrait oléique à chaud est une infusion de plantes au bain-marie à basse température, dans le but d’accélérer le processus d’extraction des propriétés dans l’huile. On aime bien la macération à chaud, car elle permet aux pressés de pouvoir réaliser leurs recettes en deux temps trois mouvements.

La macérât à froid, comme son nom l’indique, se fait sans chauffer l’huile et implique un temps de macération beaucoup plus long : on parle de 3-4 semaines (minimum). Autant dire qu’il faut faire preuve de prévoyance et s’armer de patience. No stress si vous dépassez.

Plusieurs personnes trouvent que la macération à froid, moins rapide, est plus efficace que la macération à chaud. On est assez d’accord! Ceci dit, les deux méthodes fonctionnent très bien pour un usage cosmétique.

On fait macérer quoi?

On fait macérer des plantes, des graines, des fleurs, du café (oui, oui, le café, c’est une plante!), du chaga, des racines, des feuilles de thé, des aromates, des pelures d’agrumes. Bref, pas mal tout ce qui peut conférer des propriétés intéressantes à notre huile porteuse!

1. Les plantes (fleurs, feuilles, tiges)

Toutes ces parties de plantes peuvent être mises entières dans l’huile, mais il est toujours possible de les broyer ou de les ciseler pour favoriser l’extraction des molécules.

Les p’tites populaires:

  • calendula: anti-inflammatoire puissant, cicatrisant, adoucissant
  • lavande vraie: cicatrisante, anti-inflammatoire
  • camomille allemande: anti-inflammatoire, apaisante, adoucissante
  • plantain: anti-démangeaison, anti-inflammatoire
  • millepertuis: réduit les douleurs musculaires et les contusions, cicatrisant
  • centaurée bleuet: anti-inflammatoire, apaisante, tonifiante
  • arnica: soulage les douleurs musculaires, l’arthrite, l’arthrose
  • rose de Damas: apaisante, cicatrisante et tonifiante

2. Les graines, grains, branches et racines

Dans l’eau, les propriétés des racines, des branches, des grains et des graines sont généralement extraites grâce à une décoction, c’est-à-dire en les faisant infuser dans l’eau frémissante une quinzaine de minutes (ce qu’on n’a pas à faire avec les feuilles ou les fleurs). Comme la température d’une macération à chaud (ou à froid) ne sera jamais assez élevée pour bien extraire les propriétés de ces parties plus coriaces, il est important de les moudre ou de les réduire en poudre avant de les immerger dans l’huile.

Les préférées:

  • guimauve: cicatrisante, adoucissante et anti-inflammatoire
  • consoude: cicatrisante et antibiotique
  • sapin baumier: anti-infectieux, antispasmodique, tonifiant
  • épinette noire: anti-infectieuse, décongestionnante respiratoire, anti-inflammatoire (indiquée contre l’eczéma et le psoriasis)
  • thuya: purifiant, cicatrisant, antifongique
  • café: tonifiant, anti-inflammatoire

Plantes séchées ou fraîches?

On peut utiliser les deux! Si vous optez pour des plantes séchées, choisissez-les biologiques et assurez-vous qu’elles sont encore bien odorantes! Voir mon billet pour vous aider à faire les bons choix en matière d’achat de plantes.

Si vous choisissez des plantes fraîches, il est important de les cueillir lorsque la rosée du matin s’est dissipée ou, mieux, durant la journée en plein soleil. Pour maximiser le succès, on suggère aussi de toujours laisser les plantes se flétrir durant quelques jours, à l’ombre et dans un endroit aéré, pour qu’elles perdent un maximum d’eau avant de fabriquer votre macérât.

En général, il est plus sécuritaire de faire macérer les plantes fraîches à chaud, car l’infusion par la chaleur donne à l’eau contenue dans celles-ci la chance de s’évaporer. On se rappelle : eau = possibilité de développement de bactéries = moisissures. Il est aussi possible de faire un macérât à froid en remplaçant le bouchon de votre contenant par un coton fromage ou un bas de nylon retenu par un élastique ou un anneau de pot Mason.

NOTE: L’alcool, l’acide (incluant le vinaigre) et le sucre sont des conservateurs naturels, ce qui fait qu’on peut leur ajouter des plantes fraîches SANS PROBLÈME pour en faire des teinture, des miels, des glycérés. Le sel aussi si jamais vous voulez faire des sels aromatisés!

Méthodes de fabrication du macérât

On fabrique toujours PLUS de macérât que ce qui est requis pour les recettes. En effet, les recettes demandent souvent d’assez petites quantités. Personne n’a envie de faire un macérât de calendula de 30 ml… Aussi bien en faire plus et en avoir sous la main pour des recettes éventuelles!

Filtration

Photo : Same Ravenelle

1. Méthode à chaud : go go go!

  1. Remplir un pot Mason de plantes selon la quantité désirée.
  2. Verser l’huile sur les plantes pour qu’elle les recouvre d’environ 1 po (2,5 cm environ).
  3. Ajouter un fond d’eau dans une casserole et porter à ébullition. Réduire le feu au minimum.
  4. Déposer le pot Mason dans la casserole pour faire un bain-marie.
  5. Chauffer à feu doux pendant minimum 1 h (idéalement 2-3h).
  6. Filtrer.
  7. Laisser refroidir complètement avant de mettre un couvercle.
  8. Verser dans un contenant propre et bien identifié (huile + plante + date de fabrication).

2. Méthode traditionnelle à froid

  1. Remplir un pot Mason de plantes selon la quantité désirée.
  2. Verser l’huile sur les plantes pour qu’elle les recouvre d’environ 1 po (2,5 cm environ). Refermer le pot.
  3. Laisser macérer de 4 à 6 semaines.
  4. Une fois de temps en temps, remuer votre macérât. (Si vous constatez que les plantes ont toutes bu l’huile, rajoutez-en!)
  5. Filtrer.
  6. Verser dans un contenant propre et bien identifié (huile + plante + date de fabrication).

F.A.Q.

1. Combien de temps se conserve un macérât?

Aussi longtemps que l’huile porteuse choisie! Pour une huile de tournesol ou d’olive, on parle de 1 à 3 ans selon les conditions d’entreposage.

Conseil : Si vous ne pensez pas utiliser vos macérâts fréquemment, rangez-les dans des contenants de taille adaptée, de façon à ce qu’il y ait le moins d’air possible dans le contenant (pour éviter l’oxydation). On peut aussi y ajouter de la vitamine E pour ralentir le rancissement (1 % du poids/volume).

2. Dois-je le conserver au frigo?

Le macérât huileux se conserve de la même manière qu’une huile végétale, soit à température pièce et à l’abri de la lumière. Si, et seulement si, vous avez fait votre macérât dans une huile sensible au rancissement, vous pouvez la conserver au frigo. Toutefois, la macération à froid se fait à température pièce.

3. Peut-on mélanger plusieurs plantes dans un macérât?

Oui. Par contre, l’avantage de faire des macérations séparées, c’est qu’après on peut facilement faire nos propres mélanges selon les produits qu’on veut concocter. On n’est pas pris avec un mélange déjà fait et moins polyvalent.

4. Pourquoi ajouter 1 po d’huile par-dessus les plantes?

Parce que les plantes vont se gorger d’huile pendant le processus et on veut donc qu’elles en soient toujours recouvertes. Ajouter un peu plus d’huile donne un « buffer » à la plante qui pourrait prendre de l’expansion.

5. Les plantes remontent à la surface, j’ai du mal à calculer la bonne quantité d’huile à ajouter, que faire?

Pas d’panique. Ce n’est pas une science exacte! Les plantes vont réagir différemment au contact de l’huile. Certaines vont remonter à la surface, d’autres vont prendre du volume, d’autres rester au fond… Allez-y au feeling! Tant que vous avez plus d’huile que de plantes (voir la question précédente) et que vous respectez une proportion approximative de 3 parts de plantes pour 4 parts d’huile, ça va.

6. Je suis enceinte/j’allaite. Devrais-je éviter les macérât? Puis-je les utiliser sur mon bébé?

Les macérâts de plantes sont sécuritaires sur la peau des femmes enceintes et allaitantes ainsi que des bébés. On est loin de la concentration en principes actifs des huiles essentielles! Ils sont d’autant plus sécuritaires qu’on les utilise en externe sur la peau. Attention, par contre, à vos produits pour les mamelons : assurez-vous que votre onguent a bien pénétré la peau avant de faire boire bébé.

7. Une recette demande deux macérâts (ex. : un de café et un de fleurs de bleuet), mais j’ai seulement un des deux ingrédients, que puis-je faire?

C’est du cas par cas, mais si les deux plantes ont des propriétés similaires dans le produit, vous pouvez simplement mettre plus du macérât que vous possédez pour compenser.

8. J’aimerais faire un macérât de café. 1) Est-ce que je mets juste les grains directement dans l’huile? 2) Puis-je utiliser du marc de café?

  1. Référez-vous à la section sur les grains plus haut. Ils doivent toujours être moulus.
  2. Pour le marc, la réponse est NON. Pensez-y : le marc de café est ce qui reste dans votre cafetière une fois que le café a infusé dans l’eau. C’est donc dire que les propriétés du café ont déjà été extraites par l’eau. Une chance, sinon votre café n’aurait eu aucun effet sur vous haha. ;) Votre marc ne sert donc plus à rien sauf à fabriquer un exfoliant pour le corps (pour son côté abrasif), ou un scrub pour la vaisselle collée.

Pour en savoir davantage

Codekas, Coleen. Healing Herbal Infusions. Page Street Publishing Co, 2018

Gladstar, Rosemary. Cultuver et utiliser les plantes médicinales. Marabout, 2013.

La boutique des Trappeuses

Mariane

Auteur Mariane

Je me décris comme : Émotive, traîneuse, curieuse, engagée et mangeuse compulsive de pizza hawaïenne (végé). Ma devise : (Mieux) vivre et laisser vivre. Littéralement. Mon cheval de bataille écolo : Le végéta*isme, pour l’environnement et l’éthique animale. Mes faiblesses : Le fromage en grains, la ponctualité et l’organisation... Ma recette DIY favorite : Le shampooing sec, toupet oblige. Je jase de quoi sur le blogue? J’aime faire découvrir à nos lecteurs des entreprises locales et écoresponsables (artisans, restaurants, bonnes adresses) et partager des DIY de produits corporels simples.

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Rejoindre la discussion 6 commentaires

  • catherine Meunier dit :

    Bonjour :)
    Qu’est-ce que vous pensez de la méthode d’utiliser un tissus – retenu avec un élastique autour du bout au lieu d’un couvercle ?
    est-ce que c’est donc nécessaire que l’huile »respire » ?

  • Ariane dit :

    Bonjour,
    La macération à froid de plantes fraiches dans l’huile risque d’entrainer la prolifération de la toxine botulique. Or cette dernière peut être contractée par voie externe. Pouvez-vous me dire ce que vos recherches disent sur le sujet et me confirmer que je peux utiliser des plantes fraiches dans mes cosmétiques sans crainte?

    Merci!

  • Eve dit :

    Bonjour
    Tout comme Ariane, j’ai une certaine crainte de la toxine botulique. La bactérie Clostridium Bolulinum se multiplie dans un environnement en absence d’air (par exemple, dans l’huile) sans en modifier l’aspect ou l’odeur. Les spores ne peuvent être détruites que par une exposition à une température de 121 C (atteinte par un autoclave communément appelé presto) pendant 10 minutes ou par un milieu acide. Ce qui n’est franchement pas l’idéal pour conserver les propriétés des herbes… Considérant cela, on pourrait conclure qu’autant la macération à froid qu’à chaud est problématique.
    Il est déconseillé de faire des macérat huileux pour des usages en cuisine mais qu’en est-il en cosmétique? J’ai fait quelques recherches sur le sujet et les informations sont contradictoires, très peu poussées et écrites par des sources dont on peut questionner la fiabilité. J’ai lu à certains endroits que, bien que le risque soit très faible, il est possible que la bactérie puisse pénétrer dans l’organisme par une coupure ou une éraflure. Il semblerait que ce soit surtout documenté pour les plantes fraîches mais qu’en est-il des plantes séchées? Les spores ne sont pas simplement détruites parce qu’il n’y a plus de présence d’humidité!
    J’aimerais connaître votre opinion et le fruit de votre recherche sur le sujet avant de me lancer dans la confection de macérat huileux pour la fabrication de mes savons artisanaux.
    Merci!

    • Marie dit :

      Bonjour Eve!

      Les macérations huileuses à des fins cosmétiques ou pour des « traitements » de petits maux, c’est ni plus ni moins une technique ancestrale qui se pratique depuis des millénaires. Ce n’est pas juste une invention récente de granos en quête de retour aux sources, haha! :P

      Tes préoccupations sont valides, et on adore voir que les gens veulent bien s’informer avant de se lancer. C’est PARFAIT! Voici donc notre avis sur le sujet, suite à des discussions avec des herboristes et des recherches.

      De nombreux microbes se développent dans un environnement anaérobique. L’huile est un bon exemple. Sans conservateurs durs ou synthétiques, les huiles infusées et leurs produits peuvent effectivement potentiellement héberger des bactéries, des moisissures, etc. Les spores de la bactérie Clostridium botulinum sont très fréquentes dans notre environnement, dans la poussière, sur presque toutes les matières végétales (racines, fleurs, feuilles). Les spores ne sont pas problématiques, c’est lorsque les conditions optimales sont rassemblées et que cette bactérie sécrète des toxines que c’est problématique, puisque cela peut causer le botulisme. Avant de poursuivre, je pense qu’il est important d’être au courant qu’il existe quatre formes de botulisme :

      1. le botulisme d’origine alimentaire;
      2. le botulisme contracté par blessure;
      3. le botulisme infantile;
      4. le botulisme par colonisation de l’intestin adulte.

      Tu es donc à même de constater que cela concerne davantage les huiles consommées manière alimentaire (huile de basilic ou d’ail, par exemple) que celles qui sont appliquées sur la peau. Rappelons aussi que le risque de développement de la toxine demeure TRÈS faible, cependant, cela peut arriver.

      Pour les macérations à usage cosmétique, il faut surtout faire preuve de prudence si les macérations sont utilisées sur une peau blessée, sur un enfant en bas âge et près de la bouche.

      Les huiles infusées à base de matériel végétal frais présentent un risque plus élevé de croissance de différents contaminants, en raison de la présence d’eau dans les plantes. Si cela t’inquiète, tu peux t’en tenir à infuser des huiles avec des herbes séchées. À noter toutefois que certaines herbes ne sont utiles que lorsqu’elles sont fraîches (ex. :millepertuis ou plantain). On peut réduire les risques en les laissant flétrir (donc, perdre leur eau) avant de les faire macérer. C’est d’ailleurs ce qu’on propose dans notre recette d’onguent anti-démangeaison au plantain.

      Concernant l’utilisation de ces huiles en saponification, les risques sont encore plus faibles, puisqu’une réaction chimique se produira et que tu utiliseras de la soude caustique hautement basique. Aucunement des conditions optimales pour la propagation de la toxine.

      Est-ce que le risque zéro existe? Non. Comme c’est le cas pour le risque de se faire frapper par une voiture en traversant la rue, ou le risque de contracter une intoxication alimentaire en mangeant au restaurant. Ceci dit, on ne s’empêche pas de le faire! Suffit d’en être conscient et de prendre des précautions de base.

      Espérant que cela réponde à ta question!

  • sylvie dit :

    Merci pour cet article très complet. J’ai hâte d’essayer.

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