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Extraits, infusions, décoctions, teintures, vinaigres médicinaux… Pas toujours facile de s’y retrouver quand on s’initie aux cosmétiques et remèdes naturels maison! Tous ces termes renvoient à des méthodes d’extraction qui permettent de tirer profit des propriétés médicinales des plantes, aussi bien pour fabriquer des cosmétiques que de petits remèdes thérapeutiques.

teinture

Photo: Jacinthe Morin

On t’a déjà parlé des macérations huileuses (qui consistent à extraire les propriétés des plantes dans une huile végétale). On aborde aujourd’hui… tout le reste (ou presque)!

On espère que ce petit article t’aidera à y voir clair dans toutes ces méthodes d’extraction et à mieux naviguer dans les eaux du fait maison.

Le merveilleux monde des plantes médicinales

L’utilisation des plantes « médicinales » ne date pas d’hier. Le plus ancien traité de phytothérapie répertorié date d’environ 3000 ans avant l’ère commune. Plusieurs plantes ont fait leurs preuves depuis longtemps pour contribuer à la prévention de certains maux et au soulagement de nombreux symptômes. N’oublions pas que la pharmacie moderne est basée sur les plantes médicinales!

Quelques plantes médicinales se consomment ou s’utilisent telles quelles, comme les plantes aromatiques (ex. : menthe poivrée, sauge, thym) qu’on ajoute directement dans nos plats, ou les plantes qu’on applique en cataplasme à même la peau (ex. : plantain, consoude, achillée). Or, pour obtenir des solutions très concentrées en actifs ou pour pouvoir bénéficier des propriétés des plantes qui ne se laissent pas manger facilement, on doit transformer celles-ci par des méthodes d’extraction.

Dans ce billet, on explore les différentes méthodes les plus courantes pour transformer les plantes médicinales à la maison dans le but d’en extraire les actifs thérapeutiques. Les solvants les plus utilisés (et faciles à se procurer) sont :

On n’abordera pas les méthodes complexes comme la distillation ou l’extraction supercritique, qui demandent de l’équipement aussi cher qu’une maison. Tu devrais t’en sortir avec un pot Mason et du coton fromage. Promis!

C’est quoi ça, des « actifs »?

Pas besoin de connaître la finance! Il ne s’agit pas de tes possessions matérielles, haha. Quand on parle « d’actifs », ou de « composés », de « substances », d’« ingrédients » ou parfois de « molécules actives », on parle des composés chimiques qui se développent naturellement dans une plante et qui lui confèrent son pouvoir « thérapeutique ».

« Mais si c’est chimique, est-ce que ça veut dire que c’est pas bon? »

On (excluant la personne qui parle, haha!) utilise très souvent à tort le mot « chimique » pour désigner des substances qu’on devrait plutôt qualifier de « toxiques », soit qui constituent un poison pour des organismes vivants. Tel que mentionné dans notre livre, tous les atomes et ions qui forment la matière sont des entités chimiques! Les interactions, transformations et modifications de ces entités sont des réactions chimiquesSpoiler alert : il se passe des réactions chimiques dans ton corps (et dans celui de ton chat) en ce moment même. Cessons donc en chœur d’utiliser le mot « chimique » à tort et à travers : utilisons le bon vocabulaire!

Revenons à nos actifs. Beaucoup de plantes ont été étudiées scientifiquement et on a pu attribuer leur(s) effet(s) à une ou plusieurs molécules. On pensera par exemple à l’hypéricine du millepertuis, la silymarine du chardon-marie ou l’acide salicylique de l’écorce de saule. Le pouvoir analgésique de l’acide salicylique a d’ailleurs inspiré l’invention d’un médicament bien connu : l’aspirine!

Il est important de se rappeler que la plante est un tout et que même si on a répertorié des molécules actives, tout ce que la plante contient agit en synergie lorsqu’on la consomme.

Chaque plante possède ses propres précautions d’emploi et ses contre-indications, il faut être bien renseigné.e sur la plante elle-même avant de l’utiliser régulièrement sous quelque forme que ce soit. Les naturopathes et les herboristes diplômé.es sont en mesure de te conseiller sur leur usage, il est primordial d’être bien renseigné.e si on veut utiliser les plantes médicinales assidûment, surtout si on a déjà une condition de santé ou qu’on prend des médicaments.

Natacha Routettenaturopathe, ND.A.

Fabriquer ses extraits

1. L’infusion

La méthode la plus connue et la plus utilisée est sans doute l’infusion. Qui ici ne s’est jamais préparé un thé ou une tisane? Savais-tu que l’eau est le meilleur solvant? Eh oui!

Il suffit de recouvrir la plante d’eau chaude et laisser reposer minimum 10 à 15 minutes sous couvert pour laisser le temps aux actifs de se transférer dans l’eau, et d’ensuite filtrer le tout pour garder uniquement le liquide.

Note : On préfère utiliser de l’eau chaude, et non bouillante, pour préparer nos infusions, afin de ne pas détruire les composés plus fragiles des plantes. Selon certaines écoles de pensée, l’utilisation de la chaleur détruirait carrément presque tous les composés actifs de la plante, en particulier ceux des pétales et des feuilles fragiles ou délicates. Il est certainement possible de faire une infusion à froid en laissant macérer des plantes dans l’eau toute la nuit, ou une « infusion solaire » qui utilise la chaleur douce du soleil pour extraire les actifs.

infusion

Photo: Jacinthe Morin

Tisane et infusion thérapeutique, même chose?

Nope! Pour réaliser une infusion thérapeutique, on a besoin d’une bonne quantité de plantes qu’on fait infuser assez longtemps et qu’on consomme pendant plusieurs jours consécutifs. Prendre une tisane de camomille de temps à autre est très différent de boire un litre d’infusion concentrée tous les jours pendant un mois! Ça ne veut pas dire que la tisane n’agit pas, mais si on veut réellement profiter des propriétés thérapeutiques d’une plante pour aider à soulager certains malaises, on doit la consommer en infusions concentrées de façon régulière.

L’un des avantages de l’infusion réside dans son volume : quand on boit de grandes quantités de liquide, il y a une grande quantité d’actifs qui entrent en contact avec la muqueuse digestive. C’est intéressant si le problème dont on veut s’occuper concerne le tube digestif, et qu’on utilise des plantes adoucissantes, riches en mucilage ou émollientes.

Comme le tube digestif est constitué de muscles, la chaleur contribue à le relaxer et calmer les spasmes. Boire un liquide chaud peut aussi être réconfortant et aider à s’endormir. Par contre, le liquide peut donner envie d’aller aux toilettes à un moment inopportun (la nuit!).

2. La décoction

La décoction est semblable à l’infusion, sauf que lors d’une décoction, on fait chauffer la plante dans l’eau pendant plusieurs minutes. Habituellement, on chauffe l’eau à feu doux pour qu’elle soit frémissante et non qu’elle fasse de gros bouillons!

Alors qu’on utilise l’infusion surtout pour les fleurs et les feuilles, la décoction est plus appropriée pour les parties coriaces comme les racines, les rhizomes et les graines. Comme pour l’infusion, on peut boire la décoction chaude ou refroidie.

3. La teinture

Bien sûr, on ne parle pas de teinture à cheveux ou à patio! Ce type d’extrait est tout simplement une macération de plantes dans un alcool fort. On peut aussi l’appeler teinture-mère, alcoolature ou extrait hydroalcoolique – hydro pour eau et alcoolique pour… alcool! Comme l’alcool contient automatiquement de l’eau, on n’a pas besoin d’en ajouter au mélange.

Note : Officiellement, l’appellation « teinture-mère » est réservée aux extraits hydroalcooliques de plantes fraîches destinés à être dilués pour la fabrication de préparations homéopathiques, mais dans le vocabulaire courant, les termes « teinture » et « teinture-mère » sont interchangeables.

Pour fabriquer sa teinture, on a besoin de deux choses : une ou plusieurs plantes fraîches ou séchées et un alcool fort. Évidemment, on choisit un alcool comestible, car ce type d’extrait est normalement destiné à un usage interne. Comme pour toutes les macérations, la plante doit être hachée assez finement pour maximiser la quantité de surfaces qui entrent en contact avec le solvant. Il est nécessaire d’avoir un degré d’alcool élevé : on parle d’une concentration d’au moins 40 %, voire 70 % ou 94 %. On peut se la jouer fancy et utiliser un cognac ou un bon rhum, mais une vodka bon marché fait très bien l’affaire! Il existe des recommandations plus précises sur le degré d’alcool à privilégier selon les constituants de la plante, mais pour les préparations maison, il n’est pas nécessaire de s’embarquer là-dedans. De plus, les alcools à très forte concentration sont difficiles à se procurer ces temps-ci, merci COVID!

teinture

Photo: Jacinthe Morin

Méthode de fabrication de la teinture

La préparation ne pourrait pas être plus simple : dans un pot de vitre désinfecté, on dépose la ou les plantes, on recouvre avec suffisamment d’alcool pour que la plante demeure submergée (ratio d’environ 1:3) et on laisse macérer 2 à 3 semaines à l’abri de la lumière en remuant de temps à autre. Il suffit ensuite de filtrer en pressant bien pour récupérer le plus de liquide possible.

Pourquoi consommer une teinture?

Il existe plusieurs avantages à consommer les plantes sous forme de teintures. D’abord, l’alcool est un excellent solvant pour une grande quantité de principes actifs présents dans les plantes médicinales. Ce type d’extrait est rapide à consommer. Un avantage non négligeable pour les plantes qui goûtent le yâbe et/ou qu’on ne veut pas consommer en format d’un litre, par exemple l’ail! Pour consommer la teinture, il suffit de mettre quelques gouttes dans un petit shooter d’eau ou de jus. Si le goût n’est pas trop horrible, on peut mettre les gouttes directement dans la bouche. L’alcool permet aux composés actifs de pénétrer dans le sang rapidement.

Finalement, les teintures se conservent plusieurs mois, voire des années grâce au pouvoir antiseptique de l’alcool. Les risques de développement de bactéries ou de moisissures sont pratiquement nuls.

4. Glycéré et extrait hydroglycériné

Il s’agit d’une macération au même titre que notre teinture, mais à base de glycérine végétale, qui a l’avantage de ne pas contenir d’alcool. Par contre, l’extrait obtenu est alors moins puissant qu’une teinture, car la glycérine constitue un moins bon solvant que l’alcool.

En règle générale, si on utilise une plante fraîche, on peut employer seulement de la glycérine comme solvant, parce que la plante contient une certaine quantité d’eau. On obtient alors un « glycéré ». Si on utilise une plante séchée, on doit ajouter de l’eau à la préparation pour fluidifier la glycérine, de façon à ce qu’elle adhère bien à toutes les surfaces de la plante. On nomme le résultat «extrait hydroglycériné». On recommande une proportion de 1/3 d’eau et 2/3 de glycérine. Plus la solution contient de glycérine, meilleure est sa capacité d’extraction et plus longue est sa durée de conservation.

Si on ajoute de l’eau, on utilise toujours de l’eau de source ou de l’eau distillée pour éviter d’introduire des bactéries dans notre mélange. Attention de bien désinfecter ton contenant au préalable avant de fabriquer ton glycéré ou ton extrait hydroglycériné!

Comme la glycérine a un goût sucré, les enfants apprécient particulièrement cette forme. Essaie notre recette de glycéré d’échinacée!

glycéré de rose sauvage

Photo: Jacinthe Morin

5. Vinaigre médicinal

Autre alternative non alcoolisée aux teintures, les vinaigres médicinaux sont tout aussi faciles à préparer et à consommer! On recouvre une plante sèche ou fraîche d’un quantité suffisante de vinaigre pour qu’elle soit complètement immergée, et on laisse macérer 10 à 15 jours avant de filtrer. On peut utiliser un bon vieux vinaigre blanc à patates frites, mais on recommande un vinaigre de cidre de pommes biologique de qualité pour ajouter des vertus au mélange! Le vinaigre de cidre a déjà un effet antibactérien, en plus d’être un régulateur de la glycémie et un tonique digestif.

Deux recettes bien connues de vinaigres médicinaux sont le cidre de feu et le vinaigre des quatre voleurs. On peut les consommer tels quels dans un peu d’eau ou les intégrer dans la nourriture et les boissons.

Les macérations de vinaigres sont aussi utiles dans les soins de la peau et des cheveux!

vinaigre médicinal

Photo: Jacinthe Morin

Quelques précautions à prendre avec les extraits

Pense à identifier et dater tous tes contenants lors de la confection d’extraits de plantes si tu en prépares régulièrement, sinon tu risques de te retrouver avec un paquet de fioles au contenu mystérieux!

Les plantes qui macèrent doivent toujours être couvertes par le solvant pour ne pas s’oxyder, pourrir ou moisir. On vérifie toujours nos contenants après 24 heures et on ajoute du solvant au besoin si la plante s’est gorgée de liquide.

Les Trappeuses

Les Trappeuses, c’est le projet d’Audrey Woods, Marie Beaupré et Mariane Gaudreau, un projet entièrement féminin qui vise à inspirer les gens, depuis 2014, à adopter des gestes de consommation responsables et à fabriquer leurs produits cosmétiques et ménagers dans une approche minimaliste et à faible impact sur l’environnement. La demande grandissante pour nos ingrédients, notre livre (plus de 30 000 exemplaires vendus à ce jour!), nos recettes (plus de 100 000 visiteurs uniques sur le blogue chaque mois) et nos produits nous a stimulées à franchir ce nouveau cap entrepreneurial: ouvrir une boutique en ligne en 2018, ainsi qu’un pignon sur rue en 2019!

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